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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:41

Par Paul-Harry AITHNARD

Paul Harry AithnardLa crise économique actuelle a montré les limites du modèle classique de financement du commerce en Afrique. Les entreprises africaines œuvrant dans l’import/export financent leurs livraisons par des produits financiers, telles les lettres de crédit. La crise en cours depuis 2008 a substantiellement réduit la taille et la disponibilité de ces produits, en même temps qu’elle a augmenté le coût de leur financement.

Des éléments pénalisants

Entre juin 2008 et juin 2009, les exportations au départ de l’Afrique se sont effondrées de 38% du fait de la baisse de la demande des pays développés. Les horticulteurs kenyans qui livrent leurs produits aux Etats-Unis et en Europe ont vu leurs revenus fondre de 35%. Le financement du commerce a suivi la même tendance négative.

D’une part, le coût des lettres de crédit a augmenté au point de devenir prohibitif pour certains acteurs économiques. Les dernières analyses estiment que le coût moyen des lettres de crédit a augmenté d’au moins 100 à 200 points de base entre 2008 et 2009. Au plus fort de la crise (dernier trimestre 2008), la prime de risque additionnelle a atteint 300 à 500 points de base.

D’autre part, et fait plus préoccupant, certaines banques occidentales ont réduit ou gelé les lignes de crédit attribuées aux banques africaines. D’autres ont augmenté le niveau d’actifs demandé en collatéral de ces financements. D’autres encore ont resserré leurs conditions en appliquant à des petites et moyennes entreprises des schémas de financement (avec toutes les garanties que cela exige) qui sont généralement appliqués à des multinationales ou à des sociétés d’Etat.

Le cas le plus illustratif est la volonté de certaines banques occidentales d’exiger de la part de producteurs indépendants de cacao des garanties de financement comparables à celles exigées pour le financement annuel du Jumbo Bond de 900 millions contracté par la structure de l’Etat ghanéen Cocobod.

Enfin le manque de devises étrangères, dû à la dépréciation des monnaies locales et aux baisses des exportations de matières premières, a constitué un élément pénalisant additionnel. Les compagnies exportatrices ont, dans certains cas, eu du mal à se faire payer en devises étrangères dans les banques locales du Nigeria, du Ghana ou de la RDC, qui ont vu leurs monnaies se déprécier face au dollar, respectivement de 6,75%, 15,47% et 22,44% en 2009.

Tous ces éléments ont fait de l’année 2009 une année difficile pour le financement de l’import-export en Afrique.

Solutions courantes

Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisageables. La première piste est l’utilisation effective des nouveaux financements dédiés au commerce, proposés par les institutions financières multilatérales.

La Société financière internationale (SFI) a mis en place une facilité de crédit qui permet aux gouvernements, aux institutions et aux banques d’utiliser 5 milliards $ de lignes de crédit additionnelles pour financer le commerce dans les pays émergents. De même, la BAD a approuvé en mai 2009 une facilité de crédit de 500 millions $ qui permet aux banques africaines d’augmenter leurs lignes de crédit pour le commerce. D’autres institutions multilatérales telles Afreximbank et la Banque islamique de développement ont mis à la disposition des banques commerciales africaines des facilités de crédit à hauteur de 150 millions $ (dont 100 millions $ qu’Afreximbank a dédiés au commerce avec la Chine).

La deuxième piste est une extension des programmes de garantie et d’assurance offerts par les assureurs de crédit à l’exportation.

Sachant que 75% des exportations au départ de l’Afrique sont financés par des lettres de crédit, il est important d’élaborer des programmes qui rassurent les banques internationales qui octroient ces facilités. Les facilités de garantie permettent de confirmer des lettres de crédit de clients africains sans exiger des dépôts exorbitants en collatéral. Ce qui peut réduire le coût de ces lettres de crédit.

Le rebond du commerce africain passe aussi par le développement des activités des assureurs de crédits à l’exportation. Les services tels que les couvertures de risque souverain doivent être étendus.

Les assureurs de crédits à l’exportation des pays développés ont vu leurs activités bondir depuis la crise, dans une volonté manifeste de soutenir leurs entreprises nationales à faire face à la baisse de la demande. Il y a besoin d’initier la même dynamique en Afrique. La seule agence africaine de crédit à l’exportation, basée à Nairobi, ATI (African Trade and Insurance Agency), s’implique dans ce sens en offrant aux entreprises des pays membres la possibilité de souscrire à une assurance.

L’assurance d’une agence de crédits à l’exportation peut réduire la nécessité d’une confirmation des lettres de crédit de banques africaines par des banques occidentales.

Solutions innovantes

Malgré ces mesures, force est de constater qu’elles sont insuffisantes pour assurer le développement de l’import/export africain dans un contexte global d’accès difficile au crédit et à la liquidité.

Il faut donc formuler des solutions innovantes et s’attaquer aux problèmes structurels. A côté de la lettre de crédit doivent se développer des instruments financiers structurés, via les marchés de capitaux et les prêts syndiqués, qui permettent de contourner le problème de la confirmation et du collatéral exigé.

Les financements structurés, surtout dans le domaine des matières premières, allient des produits de banque traditionnelle (lettres de crédit) et des produits de marchés de capitaux (titres à revenu fixe). Ils ont aussi le mérite d’offrir un financement sur une période longue (plusieurs récoltes, plusieurs années).

Dans des conditions normales de crédit, un importateur africain de riz obtient une lettre de crédit de sa banque locale pour financer ses importations. Depuis le début de la crise, cette lettre de crédit, qui demande à être confirmée par la banque internationale correspondante de la banque de l’importateur, tarde à l’être à cause du gel des lignes de confirmation et de la réduction de l’exposition vis-à-vis des banques africaines.

Un financement structuré permettrait de contourner ce problème en substituant la confirmation de la lettre de crédit par une levée de fonds auprès d’investisseurs (banques locales, fonds de couverture, assureurs…) désireux de s’exposer sur le risque pays de l’importateur et le risque crédit de sa banque. Plusieurs produits sur lesquels l’Afrique a un avantage compétitif, tels que le riz (32% des importations mondiales) ou la noix de cajou (un des plus importants exportateurs au monde), peuvent être l’objet de ce type de financement innovant et ainsi attirer de nouveaux types d’investisseurs.

Commerce intra-africain

Une des leçons à tirer de la crise est la nécessité de repenser la structure du commerce en Afrique. A côté du commerce extra-africain qui fait appel aux banques internationales, il est nécessaire de développer le commerce intra-africain. Cette réorientation a un double avantage.

Premièrement, contrairement aux idées reçues, il n’est pas sûr que le coût de financement de ce commerce soit plus élevé. Les banques africaines, habituées aux marchés dans lesquels elles opèrent, ont une meilleure appréciation du risque local et ont peu intérêt à exiger des primes de risque exorbitantes sur des opérations entre pays africains.

Deuxièmement, l’expansion du commerce intra-africain ouvrira le marché du crédit à une multitude de petites et moyennes entreprises qui aujourd’hui utilisent des moyens informels pour financer leur commerce. Les institutions financières africaines doivent se positionner sur ce créneau et proposer des moyens de financement et de paiement dédiés.

La nature panafricaine d’Ecobank en fait un acteur incontournable dans le financement et le développement de ce commerce. Le groupe Ecobank couvre l’ensemble des corridors où transitent les flux du commerce intra-Afrique.

Elle est la seule banque au monde présente dans autant de pays africains (29). Elle est donc la plateforme de référence pour offrir des produits et services nécessaires (moyens de paiement, transferts, financements traditionnels et structurés) au financement du commerce intra-africain.

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Published by PatrickEric - dans Culture
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