Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 23:19

Trop curieux, j'ai fini en prison

Par Sylvain ANGERAND 

un vigile à pokolaPokola, c'est la vitrine du Congo Brazzaville et des coupeurs de bois, le triomphe de l'exploitation forestière industrielle "durable" sur la pauvreté. La Congolaise industrielle de bois (CIB) a même obtenu la certification FSC (Forest stewardhip council), le précieux sésame qui est censé garantir aux clients soucieux d'écologie que leur bois vient d'une forêt gérée de façon responsable et participe au développement des populations locales.

La transparence est l'un des principaux critères pour obtenir le label. A Pokola, les journalistes et les ONG sont donc bienvenus. Officiellement.

Autorisé à filmer à l'intérieur de la plus grande concession forestière industrielle du bassin du Congo, aujourd'hui en crise, on m'a empêché, manu militari, de rencontrer les villageois. Une enquête qui gêne même les autorités françaises.

Jusqu'au début des années 1970, Pokola n'était qu'un petit village de pêcheurs perdu dans l'immensité de la forêt congolaise. Aujourd'hui, c'est "un îlot de prospérité dans un océan de misère", pour reprendre l'expression d'un cadre français de le CIB, entreprise forestière.

Routes, logements, dispensaire, eau potable, l'électricité… Pokola doit tout à l'entreprise. Le village est devenu une ville où vivent aujourd'hui plus de 10 000 personnes.

Quand l'exploitation industrielle des forêts montre son vrai visage

Cela fait maintenant plus de six ans que je travaille dans le bassin du Congo avec les Amis de la Terre pour surveiller et dénoncer les dérives de l'exploitation forestière. Je savais que la situation était explosive à Pokola.

La CIB, c'est un Etat dans l'Etat : une concession forestière de plus de 1,3 million d'hectares, contrôlée par une multinationale danoise, DLH. Prétextant la crise économique, le groupe DLH a imposé en décembre 2009 le licenciement de 650 personnes, soit la moitié du personnel.

Avec les familles, plus de 3 000 personnes se retrouvent perdues dans la forêt, à 900 km de Brazzaville, sans emploi ni moyen de subsistance. La multinationale veut vendre cette concession, les employés et les personnes licenciées qui attendaient la reprise se sentent trahis. La tension monte d'un cran. La vitrine de l'exploitation forestière industrielle durable est en train de se fissurer.

Dès les premiers contacts avec la CIB, j'ai vite compris que nous n'étions pas les bienvenus. Pour traverser la rivière Sangha, on doit prendre le bac privé de la CIB : 150 euros. A Pokola, devant l'entrée de l'usine, nouvelle tentative de racket. Le grand patron, Mr SCHWARTZ, me plante le décor : "Vous savez la CIB est une entreprise privée et nous ne pouvons pas interférer avec les services de l'Etat".

Ici, il y a deux catégories de citoyens : les travailleurs et les autres. Les travailleurs de la CIB habitent de jolies petites maisons avec électricité, télévision et eau, et les autres vivent à la périphérie dans des baraquements de fortune.

En garde à vue, l'entreprise veille

Nous partons visiter un chantier en forêt et cherchons des personnes licenciées qui voudraient témoigner. En chemin, nous avons la chance de croiser des gorilles, meilleurs ambassadeurs de la CIB.

C'est ici que France 3 est venu filmer le reportage "C’est pas sorcier : en route pour la jungle" avec le soutien de l'Agence française de développement (trop heureuse de faire la promotion de l'exploitation industrielle des forêts). C'est ici aussi que Jean-Louis BORLOO, alors ministre de l'Ecologie, est venu pour montrer qu'il entendait s'engager dans la lutte contre la déforestation.

Arrêtés au saut du lit, nous nous retrouvons au poste de police pour un motif obscur et fluctuant. Nos ordinateurs et caméras sont saisis. On laisse faire, les vraies bandes scotchées autour des jambes. Le flic nous regarde et jette un glacial "la CIB vous a abandonnés".

On nous fait comprendre qu'avoir essayé de parler avec des personnes licenciées est une menace pour la sécurité de l'Etat. Un informaticien de la CIB vient copier nos fichiers.

Lors de la garde à vue, je prétexte un malaise pour aller chercher un médicament et j'alerte le bureau en France, qui obtient notre libération grâce à l'intervention du consulat.

Faire preuve de sagesse

cité de pokolaLe soir, Mr SCHARWTZ, le grand patron, nous invite à sa table. La langouste a du mal à passer, nous demandons juste à rencontrer ceux pour lesquels nous sommes là…. Et face à ce refus, allons arrêter le reportage.

Il nous reparle des gorilles, de France 3… Ah, eux au moins, ils ont fait du bon boulot et montré ce qu'était la gestion durable des forêts !

De retour en France, je découvre avec stupeur l'e-mail envoyé par le consulat. En clair, l'exploitation industrielle des forêts du bassin du Congo n'est pas critiquable. Voici les conseils du consul adjoint :

"Il est souhaitable que les intéressés fassent preuve de “sagesse” et restituent les documents demandés, auquel cas l'affaire devrait en rester là".

Ci-dessous le communiqué paru sur Congo-site Portail le 24 janvier 2010

Près de 665 employés de la Congolaise industrielle de bois (CIB) viennent d’être remerciés dans le cadre d’un plan de compression des effectifs dû aux effets de la crise financière internationale. Ces licenciements qui devraient permettre à la société de retrouver son équilibre d’antan, se sont intervenus du 15 au 25 décembre derniers.

Ils seraient réalisés dans le respect des textes et de la réglementation en matière de licenciement du personnel. Les agents concernés par la mesure ont reçu non seulement leurs droits de licenciement, mais aussi une prime dite ’’de bonne séparation’’.
Basée à Pokola dans le département de la Sangha, la CIB est la plus importante société forestière du pays. Elle est victime depuis un certain temps des conséquences de la crise financière internationale. En 2008, le marché international du bois a connu une baisse de 17 à 18% ayant conduit la CIB à réduire le volume de travail de ses employés en 2009.
"La compression de cette fin d'année 2009 peut être perçue non comme une descente dans l'abîme, mais plutôt comme une cure pour mieux aborder l'avenir", a indiqué l’un des responsables de la société.
Cette restructuration ne se traduit pas seulement dans la compression des effectifs mais aussi dans la réorganisation physique des structures, notamment avec la fermeture de la scierie de Kabo et l'ouverture imminente de la scierie de Loundoungou.

-------------------------------------------------------------------------

Commerce de bois illégal : l'hypocrisie française

Par Sophie VERNEY-CAILLAT

L'Europe s'attaque à la lutte contre le commerce du bois illégal… mais sans le soutien de la France, étonnamment timide dans ce dossier pourtant crucial pour l'avenir de la planète. Lorsque l'on achète une chaise ou un cahier, on ne pense pas forcément qu'on participe au réchauffement de la planète.

Pourtant, la déforestation tropicale est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Avec l'huile de palme et d'autres cultures, le commerce de bois illégal participe de la destruction de 13 millions d'hectares de forêt chaque année, soit un quart de la superficie de la France. D'après les estimations de WWF, entre 20 et 40% du bois industriel consommé en Europe est d'origine illégale. Les forets ainsi pillées se situent essentiellement en Amazonie et en Afrique, mais aussi en Russie et Indonésie.

Cela fait près de dix ans qu'un groupe d’association de défense de l’environnement (Grennpeace, France Nature Environnemnt, WWF, Les Amis de la Terre, Sherpa) pratique un lobbying actif auprès de l'Europe, et depuis le Grenelle de l’environnement en France, ils pensaient que la France, principal importateur de bois tropical serait "exemplaire" comme cela leur a été promis.

Surprise : le 22 avril 2009, les députés français UMP (groupe Parti Populaire Européen) se sont tous abstenus alors que la majorité des députés européens (dont les socialistes français) ont approuvé le premier projet de réglementation contraignant.

BORLOO, des promesses au silence

Lorsque Rue89 a demandé à Jean-Louis BORLOO sa position officielle sur le sujet, son cabinet nous a renvoyé trois communiqués datant de mars et mai 2008, où le ministre de l'Environnement souhaite une position "exemplaire" de la France. L'un d'eux dit même : "Dans le cadre de la présidence française, le ministre prendra des initiatives pour améliorer la lutte contre le commerce illégal et non durable de bois exotique".

Or, d'initiatives il n'y eut pas et depuis c'est silence radio. Sur son site, le ministère fait un article d'actualité intitulé Importations illégales du bois : le Parlement européen veut renforcer les sanctions rédigé sur un ton neutre sans que l'on ne sache rien de la position de la France.

Ce qui semble avoir gêné les députés français (ceux du PPE uniquement), c'est visiblement que le parlement soit allé plus loin que prévu. Il est prévu une traçabilité complète de la filière, c'est-à-dire un contrôle -et des sanctions- sur tous les opérateurs et non pas uniquement sur ceux qui mettent pour la première fois du bois sur le marché.

Un dispositif trop lourd et coûteux

Une attitude vertueuse, mais sans doute coûteuse, que la France a décidé de ne pas soutenir. Dans une note du secrétariat général aux affaires européennes, le gouvernement le dit clairement : le rapport Lucas (dont est inspiré le texte sur lequel les eurodéputés ont voté le 23 avril 2010) "va trop loin en proposant un dispositif trop lourd et coûteux, totalement prohibitif, qui ne proportionne pas la contrainte à l'effet recherché".

Lorsque Rue89 a demandé son avis au ministre de l'Agriculture Michel BARNIER, par ailleurs en pleine campagne pour les élections européennes, nous avons obtenu une réponse de Normand : "La France est très sensible à la problématique du bois illégal. Sur nombre de points, nous avons, des vues convergentes avec les positions de WWF. Néanmoins, forts de l'expérience acquise en matière agroalimentaire, nous estimons qu'un contrôle aux frontières de l'Union permet d'obtenir une sécurité complète garantissant aux consommateurs la fourniture de bois légaux".

En fait, l'abstention des eurodéputés suit une note qui leur a été transmise le 21 avril 2010 par le secrétariat général des affaires européennes, directement rattaché à Matignon. En lisant bien cette dernière, on comprend que la France se contentera d'un contrôle à l'entrée sur le marché mais renonce à un étiquetage des produits jugé "compliqué et coûteux", notamment en fonctionnaires.

Pour Grégoire LEJONC, chargé de campagne forêts chez Greenpeace France : "Sans un système de traçabilité complet des forêts de productions au consommateur final, on ne pourra pas garantir à 100% au consommateur la légalité du bois qu'il achète et mettre enfin un terme au scandale du commerce de bois illégal en Europe".

Il ajoute, avec les cinq associations de défense de l'environnement concernées : "Nous espérons que la France va clarifier sa position le plus rapidement possible car les forêts anciennes sont cruciales pour l'équilibre du climat, vitales pour la biodiversité et sont le cadre de vie de millions de personnes".

Le 22 juin 2010, lors d'un conseil des ministres de l'agriculture, la France n'a plus d'autre choix que d'assumer sa position. En attendant, on peut toujours acheter du bois tropical certifier ou du bois produit en Europe. Mais c'est un peu plus cher.

Partager cet article

Repost 0
Published by PatrickEric - dans Culture
commenter cet article

commentaires

Bassounga claude hodi 22/04/2013 16:51


bonjours les dames et messires! je voudrai reagir à ce article en disant que:"les forets tropicales doivent etre proteger pour mieux les exploiter et  exploiter celles-ci pour mieux de les
proteger, voici doit etre les leitmotiv de tout le monde".

  • : Mampouya.com
  • Mampouya.com
  • : Restauration de la Démocratie de l'Etat de Droit et de la Républque au Congo
  • Contact

  • Patrick Eric Mampouya
  • Patrick Éric Mampouya
  • Patrick Éric Mampouya

Recherche

Mes Héros : Mort Pour un Autre Congo

bruno-ossébighislin_simplice_ongouya.jpg

Congo : Textes Divers

2306_Bourses_etudes.pdf 2306_Bourses_etudes.pdf bilan matondo congo bilan matondo congo Bruno-OSSEBI.doc Bruno-OSSEBI.doc Budget-de-l-Etat-Exercice-2007.pdf Budget-de-l-Etat-Exercice-2007.pdf Budget-de-l-Etat_Exercice-2008.pdf Budget-de-l-Etat_Exercice-2008.pdf Code-des-Investissements-Miniers-du-Congo.pdf Code-des-Investissements-Miniers-du-Congo.pdf Code-Forestier-du-Congo.pdf Code-Forestier-du-Congo.pdf Constitution-du-15-mars-1992 Constitution-du-15-mars-1992 Constitution du 29 novembre 2001 Constitution du 29 novembre 2001

Contrat-Consulting-Longbeach-Bermuda-Elenga-LTD.jpg Contrat-Consulting-Longbeach-Bermuda-Elenga-LTD.jpg Contrat-Consulting2.jpg Contrat-Consulting2.jpg Contrat-Consulting3.jpg Contrat-Consulting3.jpg Contrat-Consulting4.jpg Contrat-Consulting4.jpg Contrat-Partage-HM-NKOSSA-Contrat-PP.pdf Contrat-Partage-HM-NKOSSA-Contrat-PP.pdf Contrat-Partage-Kouakouala.pdf Contrat-Partage-Kouakouala.pdf Contrat-Partage-Kouilou.pdf Contrat-Partage-Kouilou.pdf Contrat-Partage-Madingo.pdf Contrat-Partage-Madingo.pdf Contrat-Partage-MarineVI-VII-KITINA.pdf Contrat-Partage-MarineVI-VII-KITINA.pdf Contrat-Partage-MarineX.pdf Contrat-Partage-MarineX.pdf Contrat-Partage-Mer-TP-Nord.pdf Contrat-Partage-Mer-TP-Nord.pdf Contrat-Partage-Mer-TP-Sud.pdf Contrat-Partage-Mer-TP-Sud.pdf Contrat-Partage-PEX.pdf Contrat-Partage-PEX.pdf Contrat-Partage-PNGF-Contrat-PP.pdf Contrat-Partage-PNGF-Contrat-PP.pdf D-cret-n--2004-30-du-18-f-vrier-2004.doc D-cret-n--2004-30-du-18-f-vrier-2004.doc  D-cret-n--2008---5-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---5-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---56-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---56-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---58-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---58-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---60-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---60-du-31-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---64-du-3i-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---64-du-3i-mars-2008.pdf D-cret-n--2008---t5-du-n-f-vrier-2008.pdf D-cret-n--2008---t5-du-n-f-vrier-2008.pdf D-cret-n--2008--3-du-11-janvier-2008.pdf D-cret-n--2008--3-du-11-janvier-2008.pdf D-cret-n--2008-84--.-du-15-avril-2008.pdf D-cret-n--2008-84--.-du-15-avril-2008.pdf D-cret-sur-la-transparence.pdf D-cret-sur-la-transparence.pdf D-cret-sur-les-op-rations-des-services-de-l--tat.pdf D-cret-sur-les-op-rations-des-services-de-l--tat.pdf decret-election-presidentielle.jpg decret-election-presidentielle.jpg decret_du_09_10_2008.pdf decret_du_09_10_2008.pdf Enl-vement-des-Stocks-de-P-trole-2005.pdf Enl-vement-des-Stocks-de-P-trole-2005.pdf Facture-d-Hotel-de-Sassou---N-Y.pdf Facture-d-Hotel-de-Sassou---N-Y.pdf

Feuilledecomptabilit-1.pdf Feuilledecomptabilit-1.pdf Guide du journalisme indépendant Guide du journalisme indépendant Le Plan Mouébara au CMAS 1 Le Plan Mouébara au CMAS 1 Le Plan Mouébara au CMAS 2 Le Plan Mouébara au CMAS 2 Le Plan Mouébara au CMAS 3 Le Plan Mouébara au CMAS 3

Les-Sages-Mbochis.pdf Les-Sages-Mbochis.pdf Les-factures-du-fils-de-Sassou.pdf Les-factures-du-fils-de-Sassou.pdf Statuts de T. I. France Statuts de T. I. France LISTEOP_C2G-EY.pdf LISTEOP_C2G-EY.pdf Loi-Electorale-du-Congo.pdf Loi-Electorale-du-Congo.pdf Loi-du-24-novembre-2001.doc Loi-du-24-novembre-2001.doc Loi-176-2003-du-18-janvier-2003.doc Loi-176-2003-du-18-janvier-2003.doc LISTEOP_KPMG.pdf LISTEOP_KPMG.pdf Note-Circulaire-AdministrateurSNPC.pdf Note-Circulaire-AdministrateurSNPC.pdf okouna-petro jugement&plaidoirie okouna-petro jugement&plaidoirie PID-2006.pdf PID-2006.pdf Pland-actionBonneGouvernancePool2.pdf Pland-actionBonneGouvernancePool2.pdf R-echelonnement-de-la-Dette-du-Congo-par-le-Club-de-Paris.pdf R-echelonnement-de-la-Dette-du-Congo-par-le-Club-de-Paris.pdf Rapport-Cofipa.pdf Rapport-Cofipa.pdf Rapport-de-la-Cour-des-Comptes.pdf Rapport-de-la-Cour-des-Comptes.pdf Rapport-KPMG-09-2006.pdf Rapport-KPMG-09-2006.pdf Rapport-KPMG-12-2006.pdf Rapport-KPMG-12-2006.pdf Rapport-KPMG-du-16-avril-2007.pdf Rapport-KPMG-du-16-avril-2007.pdf Rapport-TOFE-2005.pdf Rapport-TOFE-2005.pdf RECOURNSo-0-132008-du-O3J-uin-2008.PDF RECOURNSo-0-132008-du-O3J-uin-2008.PDF Redevance-2006.pdf Redevance-2006.pdf Requ-te-en-annulation.PDF Requ-te-en-annulation.PDF Service-de-S-curit-.pdf Service-de-S-curit-.pdf SOCAPALM Exposé de la Situation SOCAPALM Exposé de la Situation Suivi-Bonus-2005.pdf Suivi-Bonus-2005.pdf