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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 22:51

Corrompu.jpgQinglian HE : "Non"... Au cours des derniers siècles, le monde a pu constater les nombreuses façons dont un marché libre actif génère le progrès matériel et social tout en renforçant en même temps le caractère moral.

En revanche, les personnes qui ont vécu sous le règne du premier rival moderne du marché libre, c’est à dire l'économie planifiée fondée sur l’idéologie du socialisme d'Etat, ont souffert alors que la performance économique stagnait, que la société civile se mourrait, et que la morale était corrodée.

Dans les dernières décennies, alors que les économies planifiées s’effondraient sous leurs propres contradictions, cette expérience utopique s'est révélée être un échec systématique. Les citoyens qui avaient enduré de longues années de désastre économique, moral, et politique étaient impatients de s’en débarrasser.

Bien sûr, l'économie de marché n'est pas un système parfait. Mais les défauts du marché proviennent des actions et des motivations de ses participants, les hommes, plutôt que de sa conception. L'expérience nous a appris qu'un marché libre est étroitement associé à une société libre. Et dans les sociétés libres, les gens sont mieux en mesure d'agir de concert pour améliorer leur vie. Les sociétés libres donnent aux gens l’opportunité de rendre leurs propres systèmes politique et social plus justes. En général, ces activités ont tendance à renforcer la morale plutôt que de la corroder.

Du point de vue de l’histoire comparée, nous avons tendance à définir le marché comme un système socio-économique global, couvrant les institutions économiques, les relations sociales, et la culture. Mais lorsque nous analysons la relation entre le marché et la morale, il est logique d'utiliser une définition plus étroite du marché en tant que règles qui coordonnent les activités économiques.

Est-ce le marché ou la morale qui est le facteur causal le plus vraisemblable dans notre analyse?

Nous devons reconnaître que les jugements moraux quant à des activités socio-économiques particulières sont différents des jugements moraux quant aux règles de marché. Les valeurs et l'éthique des affaires façonnent le comportement des acteurs économiques.

Si leurs activités entraînent des conséquences défavorables ou non désirées, nous devrions chercher une explication essentiellement dans les institutions sociales qui alimentent le marché plutôt que dans les règles du marché elles-mêmes.
Les discussions sur comment "moraliser le marché" - c'est-à-dire, à propos de l’adoucissement de certaines des conséquences de la croissance ou de l'expansion mondiale du marché - sont mieux traitées en commençant par les priorités socioculturelles des acteurs économiques.

Les États, les organisations internationales, et les associations civiques doivent aider à façonner les nouvelles valeurs et préoccupations d'ordre moral avant de pouvoir espérer façonner les règles du marché et de voir un comportement plus souhaitable.

Toutes les activités économiques sont intégrées dans des circonstances socioculturelles. De la Chine du 10ème siècle à l’Europe du 21ème siècle, la consommation et la production ont fonctionné selon les valeurs morales dominantes. Et dans tous les contextes historiques, la vision morale a toujours été liée à la croyance religieuse.

Par exemple, il existe une perception aujourd'hui que les personnes religieuses dans les pays en Asie de l'Est ont tendance à être honnête en affaires. En revanche, dans la Chine contemporaine, où la religion a été à un point interdite et est toujours strictement contrôlée par l'Etat, une éthique des affaires minimaliste est devenue endémique alors que l'économie de marché prenait racine.

D'autres facteurs affectent aussi la vision morale. La mondialisation économique et culturelle de ces dernières décennies a introduit les pays en développement non seulement aux nouvelles institutions économiques, mais aussi aux normes et valeurs de l'Occident, qui changent elles-mêmes sans cesse.

Les tendances récentes à la mode ont été les produits respectant l’environnement et la mise en place de normes internationales pour les conditions de travail, comme la norme 8000 en matière de responsabilité sociale de l’entreprise, élaborée il y a une décennie. Voilà deux exemples frappants de mœurs en évolution, mais la deuxième a eu beaucoup plus d’influence sur des pays comme la Chine, où elle a amélioré les conditions de travail dans beaucoup d'usines qui étaient autrefois des sweatshops.

Un ajustement spectaculaire des valeurs morales se déroule aujourd'hui dans les sociétés en transition, alors que des économies planifiées autrefois isolées se sont transformées en systèmes interconnectés de marché.

Bien sûr, l'héritage des institutions étatistes et le rôle des élites dominantes peuvent retarder ou entraver l'ajustement. En Europe, l'intégration des anciens pays du bloc soviétique dans le système de libre-échange du continent ne semble pas avoir apporté de nombreuses conséquences négatives au plan moral. Mais en Chine, on peut facilement trouver des preuves d'une baisse tant dans l'ordre moral et dans l’éthique des affaires.

L'influence politique et des positions dans le gouvernement sont échangées pour de l'argent, les pots de vin permettent à certains d’échapper aux sanctions pénales, les employeurs d’enfants sont rarement punis, et la vente de sang et d’organes humains est une pratique courante.

Toutes ces activités sont illégales en Chine, mais le gouvernement les tolère. De toute évidence, le pays est encore loin de l’état de droit. En effet, il est dirigé par un groupe politique qui est au-dessus de la loi. Les organisations non-gouvernementales (ONG) luttent contre ces problèmes inquiétants, mais leurs activités sont strictement contrôlées et chacune doit être supervisée par un bureau de l’État.

Plutôt que de prendre des mesures décisives afin d'interdire ces activités officiellement "illégales", le gouvernement fait de grands efforts pour contrôler les rapports des médias et les discussions sur Internet au sujet de ces "nouvelles négatives préjudiciables à l'image du régime".

Qui est donc coupable de l’absence de moralisation du développement en Chine - le marché libre lui-même ou les défaillances de l'Etat et de son élite exclusive ?

Les personnes qui établissent et doivent faire respecter les règles de tous les marchés jouent un rôle essentiel. Cela est particulièrement vrai en Chine, où des représentants du gouvernement et du parti font les lois et supervisent les activités économiques, alors qu'eux-mêmes cherchent à faire des profits. C’est leur tolérance à l’égard des activités immorales, et non la croissance du marché libre, qui a faussé l'ordre moral de la société chinoise.

En me basant sur l'expérience récente de la Chine, je voudrais conclure avec trois enseignements importants.

Tout d'abord, que, malgré toute la couverture qui la célèbre dans la presse internationale, l'influence du gouvernement chinois sur le marché n'a pas été systématiquement positive. Deuxièmement, qu’un marché durable et solide a besoin d'une structure politique démocratique. Troisièmement, que la poursuite du développement moral n'est pas moins importante pour la Chine que la tâche d'encourager le développement économique.

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John C. BOGLE : "Tout dépend"... La réponse dépend entièrement du type de marché dont nous parlons et de ce que nous entendons par "morale". Le prétendu "libre marché" d’aujourd’hui pourrait être décrit plus précisément comme un marché "enchaîné". Nos régimes financiers et d’entreprises sont bien en deçà des hypothèses classiques de la structure parfaite, de la concurrence parfaite, et de l’information parfaite.

Dans la première édition de L'économique, un manuel que j'ai lu pendant ma seconde année à Princeton en 1948, le prix Nobel Paul SAMUELSON résumait fort bien la question: "le problème avec la concurrence parfaite est ce que George Bernard SHAW a dit une fois du christianisme : Le seul problème avec lui est qu'il n'a jamais été essayé"

Un autre lauréat du prix Nobel, Joseph E. STIGLITZ, a été encore plus sévère sur les échecs récents du marché libre. Ancien économiste en chef de la Banque mondiale, STIGLITZ observe que les scandales d'entreprise de ces dernières années "impliquaient la quasi-totalité de nos cabinets d'expertise comptable, la plupart de nos grandes banques, beaucoup de nos fonds communs de placement, et une grande partie de nos grandes entreprises". Sa conclusion : "Les marchés ne conduisent pas à des résultats efficaces, et encore moins des résultats s'accordant avec la justice sociale".

Je dirais que l'effet est moins causal que le corollaire. La source de la crise financière actuelle a moins à voir avec le caractère fondamental des marchés, ou des personnes, qu’avec les changements structurels relativement récents dans le caractère de nos institutions financières et du capital.

Il y a un peu plus d'un demi-siècle, nous vivions dans ce qui pourrait être décrit comme une société de propriété, dans laquelle des actions de sociétés étaient en grande partie détenues par des investisseurs individuels. Dans cette société, la "main invisible" décrite par Adam SMITH au 18ème siècle demeurait un facteur important.

Le système était dominé par les investisseurs individuels, qui, poursuivant leur propre intérêt, non seulement promouvaient les intérêts de la société, mais faisaient montre de traits de caractère positifs comme la prudence, l'initiative et l'autonomie.

Mais ces dernières décennies, nous sommes devenus une société d'agence, celle dans laquelle les managers d'entreprises détiennent le contrôle d’entreprises géantes cotées en bourse sans pour autant y avoir des enjeux en termes de propriété. Appelez ça le capitalisme des managers.

De même, les intermédiaires financiers qui détiennent maintenant le contrôle des voix dans les Conseil d’Administration de la "Corporate America" sont pour la grande majorité des agents des investisseurs individuels.

Dans le début des années 1950, les individus détenaient 92 pour cent de toutes les actions des États-Unis, et les institutions juste 8 pour cent. Aujourd'hui, les particuliers ne détiennent que 25 pour cent tandis que les institutions - fonds communs de placement et fonds de pension - détiennent 75 pour cent.

Mais ces nouveaux agents ne se sont pas comportés comme les agents le devraient. Trop souvent, les entreprises, les gestionnaires de retraite, et les gestionnaires de fonds communs ont mis leurs propres intérêts financiers avant les intérêts des principaux qu’ils ont le devoir de représenter, ces 100 millions de familles qui sont les propriétaires de nos fonds communs de placement et les bénéficiaires de nos régimes de retraite.

Cet échec n'est guère une surprise. Comme Adam Smith l'a dit avec sagesse, "les gestionnaires de l'argent d’autrui veillent [rarement] dessus avec la même vigilance anxieuse avec laquelle ... ils veillent sur le leur ... Ils se donnent très facilement une dispense. Négligence et profusion doivent toujours prévaloir".

De plus, le système de marché libre a été dégradé parce que nos nouveaux agents institutionnels, non seulement semblent ignorer les intérêts de leurs investisseurs "principaux", ils semblent aussi avoir oublié leurs principes d’investissement. Dans la dernière partie du 20ème siècle, la préoccupation principale de la stratégie d'investissement institutionnel passa de la sagesse de l'investissement à long terme à la folie de la spéculation à court terme.

Lorsque les propriétaires à long terme des actions deviennent les locataires à court terme des actions, et quand le prix temporaire de l’action a priorité sur la valeur intrinsèque de la société elle-même, les préoccupations en termes de gouvernance d'entreprise sont la première victime.

La tâche la plus importante de l'administrateur de sociétés est d'assurer que le management crée de la valeur pour les actionnaires, et pourtant cet objectif est secondaire pour notre nouvel agent / nos nouveaux investisseurs.

Quant au caractère moral, il est un absolu. On l’a ou on ne l’a pas. Donc, si le caractère moral de notre société d'aujourd'hui s’érode (comme je le crois), il ne peut s’ensuivre que moins d’entre nous exhibent un caractère solide.

Le changement d’un marché libre vers un marché "enchaîné" a-t-il contribué à cette évolution? Certainement. Les valeurs de nos dirigeants financiers et des entreprises se sont détériorées. Il n’y a pas si longtemps la règle semblait être, "il y a certaines choses que l'on ne fait tout simplement pas". Appelons ça de l'absolutisme moral. Aujourd'hui, la règle commune est "si tout le monde le fait, je peux le faire aussi". Il peut y avoir aucun autre nom pour ce point de vue que "relativisme moral".

Ce changement permet d'expliquer certaines des aberrations récentes sur le marché libre. Nous avons vu des tentatives d'administrer les prix des biens et services que nous vendons, l’augmentation insensée de la rémunération des dirigeants (il y a 30 ans, les directeurs gagnaient 40 fois la rémunération de l'ouvrier moyen ; aujourd'hui, le chiffre est de plus de 500 fois); d'ingénierie financière dans les états financiers vérifiés des entreprises afin de présenter l'illusion de la croissance durable des bénéfices ; les montants scandaleux des fonds versés aux lobbyistes engagés pour façonner le droit en faveur des riches et des puissants ; l'excès de prise de risque et la couteuse innovation financière de notre système bancaire.

Maintenant que la crise financière est avec nous, cependant, le fardeau tombe largement non pas sur les quelques irresponsables qui l'ont créé mais sur les nombreuses personnes qui, contre le conseil de l'épargne traditionnelle et de la prudence, ont été attirés - à savoir, les investisseurs en obligations hypothécaires surcotées et les emprunteurs dont les maisons sont saisies à des niveaux records.

Le capitalisme "enchaîné" a en effet corrodé notre caractère moral, à la fois par la privatisation de la récompense du marché et (sous la forme de plans de sauvetage fédéraux) de la socialisation de ses risques. Les deux constituent une trahison du marché libre et à ses vertus véritables.

Notre société a un intérêt majeur à exiger des valeurs morales plus élevées dans un système de marché moins enchaîné.

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John GRAY : "Cela dépend"... Le libre marché corrode certains aspects de caractère, tout en améliorant d'autres. Que le résultat soit bon ou pas, dans l'ensemble, dépend de comment l’on envisage une bonne vie. Cela dépend aussi beaucoup de si l'on croit que d'autres systèmes économiques peuvent faire mieux.

La question peut être uniquement résolue par la comparaison d’alternatives réalistes et la compréhension de comment les différents systèmes promeuvent des types variés de caractère humain.

Il est important d'éviter de penser en termes de modèles idéaux. Ces dernières années il y a eu une tendance à penser que les marchés libres émergent spontanément lorsqu’est supprimée l’ingérence de l'État dans l'économie. Mais les marchés libres ne sont pas simplement l'absence d’État.

Les marchés reposent sur des systèmes de droit pour décider ce qui peut être commercialisé et ce qui ne le peut pas. L'esclavage est interdit dans les économies de marché moderne. Comme le sont le chantage et la pornographie impliquant des enfants.

Les marchés libres impliquent toujours une certaine contrainte morale de ce genre, qui est surveillée par les États. Plus généralement, les marchés libres reposent sur les droits de propriété, qui sont protégés - et souvent créés - par l’État.

Le marché libre, tel qu'il existait en Angleterre victorienne a vu le jour non pas parce que l'Etat s'est retiré de l'économie, mais plutôt parce que le pouvoir de l'Etat a été utilisé pour privatiser les terres qui avaient été maintenues sous diverses formes de propriété commune, ou qui n'appartenaient à personne. L'économie de laissez-faire qui a existé durant quelques décennies au 19ème siècle en Angleterre a été rendue possible par la loi sur les enclosures.

Ces lois, adoptées par le Parlement à partir de la seconde moitié du 18ème siècle, ont déplacé les ouvriers agricoles de la campagne et créé la classe ouvrière industrielle qui a été la matière première humaine du marché libre. Mais avec l'extension des droits de vote démocratique, à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, ces travailleurs ont commencé à exiger que l'activité économique soit soumise à divers types de réglementations. Le résultat final a été l'économie de marché « gérée » qui existe en Grande-Bretagne et de nombreux autres pays aujourd'hui.

La perspective historique est utile car elle nous permet de voir que les systèmes économiques sont des êtres vivants. En temps réel, les marchés libres fonctionnent rarement selon les modèles construits par les économistes. Il y a des booms et des bulles, des récessions et des krachs.

Ce n'est que dans les manuels d'économie que les marchés sont autorégulés. Dans ce contexte, la relation entre économie et éthique peut être considérée plus clairement. Les traits de caractère les plus récompensés par les marchés libres sont l'audace entrepreneuriale, la volonté de spéculer et parier, et la capacité de saisir ou créer de nouvelles opportunités.

Il est à noter que ce ne sont pas les traits les plus appréciés par les moralistes conservateurs. La prudence, l'économie, et la capacité de perpétuer patiemment un schéma de vie familier peuvent s’avérer être d’admirables qualités, mais elles ne conduisent généralement pas à la réussite sur le marché libre.

En fait, lorsque les marchés sont très volatils, ces traits conservateurs pourraient bien être le chemin vers la ruine. Revoir ses compétences, déménager, changer de carrière – de telles actions procédant de la prise de risque - aident les gens à survivre et prospérer dans l'économie de marché. Mais ce genre de comportement risqué n'est pas nécessairement compatible avec les valeurs traditionnelles qui insistent sur la valeur des attachements humains durables.

Adam SMITH, l'un des initiateurs de l'économie du marché libre, a également été un critique perspicace de la société du commerce. SMITH craignait que l'économie de marché qui émergeait en son temps laisserait les travailleurs à la dérive dans des villes sans communautés cohésives. Comme il l'a bien perçu, le dynamisme subversif du marché ne peut se limiter au marché.

Les marchés libres exigent un degré élevé de mobilité et une volonté bien ancrée de sortir de relations qui ne sont plus rentables. Il est peu probable qu’une société dans laquelle les gens sont constamment en mouvement soit une société de familles stables ou respectueuse des lois.

En fin de compte, la réponse à cette question dépend de la façon dont on conçoit la bonne vie. Ce qu'un moraliste traditionnel voit comme l’éclatement de la famille peut être vu par un libéral comme l'exercice de l'autonomie personnelle. Pour le libéral, le choix personnel est l'ingrédient le plus essentiel d'une bonne vie, tandis que les conservateurs peuvent considérer que la préservation des institutions de valeur est plus importante.

En ce qui concerne les sociétés occidentales contemporaines, je tends vers une vision libérale. Mais le point important n'est pas tant laquelle de ces conceptions quelqu’un adopte. C’est plutôt ceci : bien que les marchés libres récompensent certains traits moraux, ils en sapent également d’autres. S'ils émancipent les choix individuels, ils corrodent en même temps certaines vertus traditionnelles. On ne peut pas tout avoir.

L'aléa moral des marchés libres ne signifie pas que d'autres systèmes économiques sont meilleurs. Les systèmes planifiés de manière centralisée ont corrodé le caractère de manière bien plus dommageable et avec moins d'avantages en termes d'efficacité et de productivité. Les économies planifiées de l'ancien bloc soviétique ne fonctionnaient – si on peut utiliser ce terme – que parce qu'elles étaient rongées par les marchés noirs. La corruption était omniprésente.

Dans le modèle marxiste, l'anarchie de marché alimentée par la cupidité est remplacée par une planification fondée sur l'altruisme. Mais la vie réelle dans les sociétés soviétique ressemblait plus à une caricature extrême du capitalisme de laissez-faire, un environnement chaotique et gaspilleur, dans laquelle chaque personne luttait pour survivre. Homo homini lupus - l'homme est un loup pour l'homme - était la règle, et l'altruisme l'exception. Dans ces conditions, les personnes ayant les aptitudes de survie les plus développées et le moins de scrupules moraux s’en sortaient le mieux.

Aucun système économique ne peut améliorer chaque aspect de la morale. Tous dépendent dans une certaine mesure de motifs qui sont moralement discutables. La cupidité et l'envie peuvent être des vices, mais ils sont aussi des stimulants économiques. Un système économique est bon dans la mesure où il exploite les imperfections de l'homme au service du bien-être humain.

Le choix n'est pas entre des modèles abstraits, tels que le libre marché et la planification centralisée. Dans le monde réel de l'histoire, aucun n'a jamais existé dans la forme imaginée par ses défenseurs. Non, le vrai choix est entre les différents mélanges de marchés et de réglementation, dont aucun ne sera jamais tout à fait moralement bénéfique dans ses effets.

Un mélange judicieux ne peut être atteint en appliquant un modèle idéal de la façon dont l'économie devrait fonctionner. Différents mélanges seront meilleurs dans différents contextes historiques. Mais une chose est claire : une économie de marché moderne ne peut se passer d'une dose de corrosion morale.

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Robert B. REICH : "Nous préférons ne pas savoir"... La plupart d'entre nous sommes des consommateurs qui cherchent à obtenir les meilleurs prix possible sur le marché. La plupart d'entre nous sont aussi des êtres moraux qui tentent de faire de bonnes choses dans nos communautés et nos sociétés. Malheureusement, nos désirs de marché sont souvent en conflit avec nos engagements moraux.

Alors, comment pouvons-nous faire face à ce conflit ? Trop souvent, nous l'évitons. Nous préférerions que les décisions que nous prenons en tant que consommateurs ne se reflètent pas sur nos caractères moraux. De cette façon, nous n'avons pas à faire de choix inconfortables entre les produits et services que nous voulons et les idéaux auxquels nous aspirons.

Par exemple, lorsque les produits que nous voulons peuvent être fabriqués à un prix plus avantageux à l'étranger, les meilleures offres que nous pouvons obtenir sur le marché peuvent se faire au détriment des emplois de nos propres voisins et de leurs salaires. Souvent les offres alléchantes se font au détriment de nos "Grand’ rues" - le cœur de nos communautés - car nous pouvons obtenir des prix plus bas chez les détaillants de grande surface à la périphérie de la ville.

En tant qu'acteurs moraux, nous nous soucions du bien-être de nos voisins et de nos collectivités. Mais en tant que consommateurs nous sommes impatients de rechercher des offres qui pourraient compromettre le niveau de vie de nos voisins et le voisinage de nos communautés. Comment pouvons-nous faire face à ce conflit? Habituellement, en l'ignorant.

De même, en tant qu'êtres moraux, nous voulons nous considérer comme les gardiens de l'environnement, avec l'intention de préserver les générations futures. Mais en tant que consommateurs, souvent nous ne tenons pas compte de cette aspiration morale.

Beaucoup d'entre nous continuent à acheter des voitures qui crachent du carbone dans l'air, et certains d'entre nous passons beaucoup de temps à voler d'un endroit à l'autre dans les avions à réaction qui ont une empreinte carbone plus grande encore. Et nous achetons souvent des articles à bas prix en provenance de pays pauvres où les normes environnementales sont laxistes et où les usines déversent des produits chimiques toxiques dans les eaux ou des polluants dans l'air.

Comment concilier notre position morale sur l'environnement avec nos habitudes d'achat ? Au-delà de l'achat occasionnel de produits "verts", généralement nous n’essayons même pas.

Nos transactions de marché ont toutes sortes de conséquences morales que nous préférons ne pas connaître. Nous pouvons faire de bonnes affaires parce qu’un producteur a réduit les coûts en s'implantant dans les pays pauvres et embauché des enfants qui travaillent douze heures par jour, sept jours par semaine, ou en éliminant les avantages sociaux en termes de santé et de retraite de ses employés américains, ou en faisant des économies sur la sécurité des travailleurs.

En tant qu'êtres moraux, la plupart d'entre nous ne choisiraient pas volontairement ces résultats, mais en tant que demandeurs d'offres alléchantes nous en sommes responsables.

En général, nous évitons d'aborder les conflits entre nos impulsions "de marché" et nos idéaux moraux de deux façons. Tout d'abord, si nous apprenons les résultats moralement répréhensibles tels que ceux que j'ai décrits ci-dessus, nous en attribuons la responsabilité aux producteurs et aux vendeurs plutôt qu’à nous-mêmes en tant que consommateurs.

Nous pensons, par exemple, que les détaillants en grande surface sont entièrement responsables du fait de donner à leurs employés des salaires bas ainsi que du drainage des affaires au détriment des petits commerces, ou que les constructeurs automobiles sont responsables de la production de voitures qui émettent tant de pollution carbone.

Pourtant, cette logique est erronée. Les producteurs et les vendeurs ont généralement peu de choix et doivent réduire les coûts aussi bas, sinon plus bas, que leurs concurrents. Nos demandes incessantes d’offres alléchantes les obligent à opérer ainsi. Ils savent que s'ils ne parviennent pas à nous offrir ce que nous voulons, nous sommes susceptibles de donner notre argent à leurs concurrents. Les résultats moralement répréhensibles que nous leur reprochons sont souvent les effets collatéraux inévitables de leurs tentatives de répondre à nos propres exigences pour des offres alléchantes.

La deuxième façon dont nous évitons de faire face à ces conflits est en compartimentant nos désirs de marché pour les isoler de nos conceptions morales.

En réalité nous "blanchissons" notre argent par le biais du mécanisme de marché. Lorsque nous achetons auprès d'un vendeur qui est le franchisé local d'un détaillant géant, et que le détaillant géant obtient le produit à travers un réseau de distribution qu'il obtient lui-même auprès d'un fabricant, et que ce fabricant assemble des composants spécialisés d’un sous-traitant qui emploie à son tour des sous-traitants dans le monde entier, les conséquences sociales de notre achat sont si lointaines que nous pouvons facilement nous protéger de toute responsabilité morale. Nous ne voyons tout simplement pas le lien entre nos choix de consommation et, par exemple, l'enfant travaillant dans un pays pauvre ou nos voisins ayant perdu leur emploi et leurs salaires.

Bien sûr, certains consommateurs font leurs courses avec un œil sur ces conséquences morales très éloignées, et certaines entreprises se targuent de vendre des biens et services produits de façon socialement et moralement responsable. Mais l’expérience démontre que la plupart des consommateurs ne veulent que les bonnes affaires. Même si nous aimons nous associer à des marques responsables, la plupart d'entre nous ne veulent pas payer de supplément pour des produits responsables.

Le marché ne corrode pas notre caractère. Il nous permet plutôt, de ces deux manières, de nous protéger de tout véritable test de notre caractère. Il nous permet ainsi de conserver nos idéaux moraux, même quand nos choix sur le marché entraînent des résultats qui violent ces idéaux.

Si le mécanisme de marché étaient tellement transparent que nous ne pourrions éviter de connaître les effets moraux de nos décisions d'achat, sans doute choisirions-nous alors soit de sacrifier un peu de confort matériel pour le bien de nos idéaux ou de sacrifier les idéaux afin d'avoir le confort. Ce serait un véritable test.

Sans cette transparence, nous n'avons pas besoin de sacrifier l’un ou l'autre. Nous pouvons obtenir les offres alléchantes et simultanément éviter nos scrupules moraux sans problème.

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Michael WALZER  : "Bien sûr". La concurrence sur le marché met les gens sous pression et les conduit à briser les règles ordinaires de conduite décente et puis à produire de bonnes raisons pour le faire. Ce sont ces rationalisations – l’interminable aveuglement nécessaire pour toucher de fond sans que cela ne nous dérange - qui corrodent le caractère moral. Mais ce n'est pas en soi un argument contre le libre marché.

Pensez aux manières dont le fonctionnement politique démocratique corrode aussi le caractère moral. La concurrence pour le pouvoir politique met les gens sous pression – les conduisant à proférer des mensonges dans les meetings publics, à faire des promesses qu'ils ne peuvent pas respecter, à prendre l'argent d’individus peu fréquentables, à compromettre les principes qui ne devraient pas être compromis.

Tout cela doit être défendu de quelque manière, et le caractère moral ne survit pas à cette défense – ou du moins, il n’en sort pas indemne. Mais ces défauts évidents ne constituent pas un argument contre la démocratie.

Bien sûr, les concurrences économique et politique produisent également des projets de coopération de types différents - les partenariats, entreprises, partis ou syndicats. Au sein de ces projets, l'empathie, le respect mutuel, l'amitié et la solidarité sont développés et renforcés.

Les gens apprennent le donnant-donnant de la délibération collective. Ils établissent des positions, prennent des risques, et font des alliances. Tous ces processus forgent le caractère. Mais parce que les enjeux sont si élevés, les participants à ces activités apprennent aussi à se surveiller et se méfier les uns les autres, à dissimuler leurs projets, à trahir leurs amis...

Nous connaissons la suite, du Watergate à Enron. Ils deviennent des "personnages" dans des histoires familières de corruption dans les entreprises, de scandales politiques, d’actionnaires victimes de fraude, et d’électeurs trompés. Que l'acheteur prenne garde ! Que l'électeur se méfie !

Est-il possible de rendre la concurrence politique et économique sûre pour les hommes et les femmes ayant une morale ? Elle ne peut certainement pas être entièrement sûre. Les marchés libres et des élections libres sont intrinsèquement dangereux pour tous les participants, non seulement parce que les mauvaises personnes, les mauvais produits, et les mauvaises politiques peuvent l'emporter, mais aussi parce que le coût de la victoire des bonnes personnes, des bons produits et des bonnes politiques peut être trop élevé.

Nous ne traitons pas, toutefois, les dangers des marchés et des élections de la même manière. Nous travaillons dur pour fixer des limites à la compétition politique et pour ouvrir la politique à la participation de mortels ayant plus ou moins de morale. Les politiciens ne sont pas globalement reconnus comme des exemples de morale ces temps-ci, en partie parce qu'ils vivent tant sous l'œil des médias, et chaque petit péché ou chaque petite manie sera diffusé dans le monde entier.

Néanmoins, les démocraties constitutionnelles ont réussi à arrêter les pires formes de corruption politique. Nous sommes libérés des caprices des tyrans, de l'arrogance aristocratique, de la répression, des arrestations arbitraires, de la censure, des procès pour l’exemple. Nous ne sommes pas si libres que nous n'ayons pas besoin de défendre notre liberté avec vigilance, mais assez libres pour organiser cette défense.

Les politiciens qui mentent trop souvent ou ne respectent pas assez leurs promesses ont tendance à perdre les élections. Non, la pire des corruptions de notre vie publique ne vient pas de politique mais de l'économie, et ce, parce que nous n'avons pas ces mêmes limites constitutionnelles au comportement de marché.

Sans doute la plus importante réalisation de la démocratie constitutionnelle a-t-elle été de débarrasser la politique du désespoir. Perdre le pouvoir ne signifie pas se faire tirer dessus. Les partisans du côté des perdants ne sont pas réduits en esclavage ou exilés. Les enjeux de la lutte pour le pouvoir sont inférieurs à ce qu'ils étaient, ce qui améliore grandement les possibilités d’une conduite morale.

L'État providence moderne est censé faire la même chose pour l'économie : il "constitutionnalise" le marché en fixant des limites sur ce qui peut être perdu. Mais en fait, aux États-Unis au moins, nous n'avons pas grand’ chose dans cette espèce de constitutionnalisme de marché. Pour trop de gens, la lutte concurrentielle est presque désespérée.

Le risque ici est lié à la survie d'une famille, aux soins de santé pour les enfants, à une éducation décente, à la dignité des personnes âgées. Et de tels risques ne laissent pas beaucoup de place pour la morale. Les gens décents agiront décemment, et la plupart des gens sont décents quand ils peuvent l’être. Pourtant, les effets de la lutte sont régulièrement corrosifs.

Une autre réalisation du constitutionnalisme a été de fixer des limites au pouvoir politique des hommes et les femmes les plus puissants. Ils doivent vivre avec des contre-pouvoirs, les partis et mouvements d'opposition, des élections périodiques, une presse libre et parfois critique. Le principal point de ces restrictions est de minimiser le dommage que les caractères déjà corrodés peuvent causer. Mais certains de nos politiciens intériorisent effectivement les contraintes, et cela est un processus important de la formation du caractère.

Le constitutionnalisme de marché fixerait des limites similaires au pouvoir économique des hommes et des femmes les plus riches. Mais encore une fois, de toute évidence, nous n'avons pas grand-chose d'une constitution de marché.

Les restrictions à la puissance économique sont très faibles : le contre-pouvoir des syndicats a été considérablement réduit, le système fiscal est de plus en plus régressif, la réglementation des services bancaires, de l'investissement, des politiques de prix, et des fonds de pension est pratiquement inexistante. L'arrogance de l'élite économique de ces dernières décennies a été étonnante. Et il semble clairement qu'elle peut faire à peu près tout ce qu'elle veut. Ce genre de pouvoir, comme Lord Acton l’écrivait jadis, est profondément corrupteur.

La corruption s'étend à la politique, où l'influence de l'argent, gagné sans retenue sur un marché sans frein, porte atteinte à la constitution politique. Vous avez besoin d'argent, disons, pour mener une campagne politique (pour un bon candidat ou une bonne cause), et voici que quelqu'un - un banquier, un géant de l’entreprise - qui a beaucoup d'argent vous le propose à un prix : des politiques ou des lois qui permettront d'améliorer sa position sur le marché. Le concurrent prend l'argent de cette manière, autant qu'il le peut. Quel caractère va-t-il résister à la corrosion désormais ?

Certains diront sans doute : n'est-ce pas la façon dont le caractère est testé ? Si le constitutionnalisme de marché limite le pouvoir de la richesse et que l'État providence réduit la peur de la pauvreté, ne rendons-nous pas la vertu trop facile ? Plus facile, peut-être, mais jamais très facile. Considérons à nouveau l'analogie politique : rendons-nous la vertu trop facile lorsque l'on nie le pouvoir tyrannique aux présidents et quand nous protégeons les faibles contre la persécution ?

Les pressions corrosive de la compétition électorale ne disparaissent pas. Nous fixons des limites à ces pressions par respect pour la faiblesse humaine. Et si nous devons faire cela à l’égard des gouvernements, nous devons absolument le faire à l’égard des marchés.

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Published by PatrickEric - dans Culture
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