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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 05:49

"Le gouvernement a intérêt à créer des fonds de garantie en affaires et de soutien à l’agriculture et à l’habitat"

Propos recueillies par Francis ISSAKA

Serges IKIÉMILe secteur bancaire enregistre durant ces dix dernières années un développement sans précédent au Congo Brazzaville, grâce aux mesures de libéralisation prises par le gouvernement. Cependant, le Dr Serges IKIÉMI estime, dans une interview accordée à La Collecte http://www.lacollecte.uni.cc/, que cette vitalité ne profite pas réellement à la clientèle des banques congolaises et à l’économie nationale.

Economiste, cadre supérieur de Banques, enseignant chercheur à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, Serges IKIÉMI est auteur de trois ouvrages (La micro-finance au Congo Brazzaville : instrument de paupérisation ou moyen de lutte contre le sous-développement ; Le système bancaire du Congo Brazzaville : organisation et perspectives ; le Franc CFA : d’où vient-il ? où va-t-il ?), Serges IKIÉMI a accepté d’éclairer la lanterne de l’opinion publique sur cette question.
Quel est le poids des banques dans l’économie congolaise ?

Serges IKIÉMI : L’économie congolaise est une économie de rente - tournée vers l’exportation - qui vit grâce aux recettes pétrolières et aux recettes tirées de la vente du bois. Logiquement, il fallait que l’économie congolaise fonctionne grâce aux recettes fiscalo-douanières, ce qui pourrait permettre une gestion interne en incorporant l’investissement bancaire et les valeurs ajoutées de l’entreprenariat congolais.
Or, il s’avère que le Congo est de moins en moins industrialisé et de moins en moins entreprenarié de telle sorte que les entreprises et les sociétés qui génèrent des valeurs ajoutées soient presque introuvables.
Face à cette situation, l’Etat est appelé à créer d’autres pôles de financement de l’économie nationale.
En effet, les quelques "opérateurs économiques" qui existent, sont généralement des entrepreneurs qui ne vivent que du bénéfice des marchés d’Etat qui leur permettent de recevoir dans leurs comptes bancaires beaucoup d’argent provenant des virements du Trésor public.

On serait même tenté de dire que quelques entrepreneurs se constituent d’importantes épargnes en détournant les deniers publics dans la mesure où ils n’exécutent pas normalement des travaux publics.
Paradoxalement, cet argent est affecté essentiellement à la construction des immeubles, au lieu de servir davantage à l’investissement ou au réinvestissement dans des créneaux générateurs de revenu dans le secteur agricole, industriel ou commercial.

Il se pose donc un problème de diversification de l’économie nationale. Paradoxalement, l’environnement économique national se caractérise par l’existence des banques congolaises surliquides. Normalement, cette importante masse d’argent devrait servir à réinvestir dans l’économie au moyen des crédits que les banques pourraient octroyer à leurs clients. Malheureusement, ces derniers ne présentent pas des projets bancables – bien ficelés avec une rentabilité bien établie (business plan).
Le fait de ne pas présenter des projets bancables ou rentables entraine une crise de confiance vis a à vis des demandeurs de crédits. Conséquence : d’énormes sommes d’argent sommeillent dans les banques congolaises par manque de projets à financer.

Et pourtant, les banques locales enregistrent plusieurs demandes de crédits qui sont généralement farfelues et logiquement rejetées ; car ces demandes ne sont pas bien rédigées et ne répondent pas aux critères exigés pour la circonstance. Cette situation entraine une frilosité bancaire suivie du rapatriement de ces fonds vers les maisons mères implantées soit au Gabon pour le cas de la BGFI, soit en Tunisie pour le cas de la BCH, soit au Maroc pour le cas de la LCB et l’ex Crédit du Congo, actuel ARTTIJARIWAFA Bank, filiale d’une banque marocaine installée en France.
Conséquence : l’argent des banques congolaises profite beaucoup plus à la clientèle des maisons-mères. Une fois rapatriée vers ces pays, cette importante masse d’argent sert parfaitement à financer les projets de la clientèle locale de ces maisons mères qui bénéficie des crédits de ces banques puisque les projets qu’elle présente sont généralement jugés recevables.

Qui contrôle ces banques : les capitaux nationaux ou étrangers ?
Les capitaux qui renflouent les coffres forts des banques sont issus des transferts de fonds du Trésor public via les comptes bancaires des entrepreneurs congolais. Conséquence : surliquidité ou crise de surliquidité parce qu’il y a déséquilibre entre l’offre et la demande d’argent.

Le Congo dispose d’importantes sommes d’argent dans les banques locales et enregistre moins de demandeurs de crédit. Les banques congolaises sont créées par les banques étrangères qui implantent leurs succursales pour collecter de l’épargne auprès des congolais.
A titre d’illustration, les MUCODEC ont colleté en 2005 une épargne d’une valeur de 36 milliards de FCFA et les crédits accordés aux épargnants nationaux étaient de l’ordre de 6 milliards de FCFA dont la plus grande partie était consacrée aux crédits à la consommation et non à l’investissement.
Un autre détail important: la consommation locale est dominée par l’importation des biens de consommation et des produits manufacturés. L’économie congolaise vit de l’importation des biens de consommation et de produits manufacturés et de l’exportation des matières premières.
Est-il possible de trouver une solution à cette "frilosité bancaire" ?

Il faut que l’Etat s’implique au moyen de la formation des entrepreneurs congolais en leur inculquant une culture entrepreneuriale. En effet, l’illettrisme entrepreneurial constitue un handicap à l’épanouissement du climat d’affaires puisque le commerce et l’industrialisation sont d’abord des problèmes culturels.
Le gouvernement a intérêt à créer des fonds de garantie : à savoir, un fonds de garantie en affaires, un fonds de soutien à l’agriculture et un fonds de soutien à l’habitat. Ces fonds doivent être placés dans les banques afin qu’elles octroient des crédits aux populations.
L’Etat doit, aussi et surtout, mettre en place un environnement juridique attractif pour les investissements et la création de la richesse. Il est également impérieux de promouvoir les valeurs de partage et de solidarité.
Quelles ont été les reformes apportées donc au système bancaire congolais ?
Les banques congolaises sont nées en 1963 - après l’indépendance - sur les cendres des succursales des banques françaises. Elles étaient constituées des capitaux majoritairement étatiques et avaient une assistance technique française.

Le système bancaire national a connu au milieu des années 1990 une banqueroute de plusieurs établissements : à l’origine d’une crise de liquidité (manque de fonds) due à une pratique malveillante des "crédits de complaisance".
Cette dernière a précipité la fermeture de la BCC (Banque Commerciale Congolaise), la BNDC (banque Nationale pour le Développement du Congo) pour avoir octroyé de crédits de "complaisance".

La reforme bancaire nationale qui consiste à libéraliser et privatiser le système bancaire congolais a été initiée en 1999 par le gouvernement congolais pour sauver certaines banques de justesse telle que la BIDC qui a été rachetée par le Crédit Lyonnais (France), l’UCB reprise par la COFIPA, un groupe bancaire ouest africain, le CAIC qui a été racheté par une banque marocaine.
Le système a permis de privatiser ces banques qui ont été malheureusement rachetées par des banques étrangères. Cette reforme s’est pratiquée sur la base d’un système de scission-liquidation.

Les actifs des banques ont été scindés en deux : la partie saine des actifs a été rachetée par des capitaux étrangers ; tandis que la partie malsaine constituée des dettes des épargnants congolais qui n’arrivaient plus à rembourser leurs crédits, a été virée à la Caisse Congolaise d’Amortissement (CCA) jusqu’à nos jours.
Quels ont été les avantages issus de cette restructuration ?

Cette procédure a permis un regain de confiance des Congolais vis-à-vis de l’outil bancaire et une nouvelle habitude d’investissement. Il a aussi permis de sauver quelques banques en ouvrant la participation au capital de ces dernières aux investisseurs étrangers. C’est donc la libéralisation de ce secteur.
A mon avis, cette politique de libéralisation, de privatisation et de détatisation du secteur bancaire a beaucoup payé.
L’embellie financière ainsi apportée va-t-elle durer longtemps ?
L’embellie financière tirée de la restructuration du système bancaire peut durer longtemps si le gouvernement s’implique à travers quelques mesures.

Il s’agit par exemple d’orienter cette surliquidité vers l’investissement pour que cela soit bénéfique à l’économie congolaise ; diversifier l’économie à partir de l’épargne ainsi constituée en créant d’autres structures susceptibles de générer la richesse : exploitation des minerais, création des PME-PMI; diversifier l’économie à partir des recettes tirées du boom pétrolier et investir dans l’industrie.

Il est important d’industrialiser le pays et de créer des zones de libre échange en vue d’attirer les investisseurs étrangers pour qu’il y ait une production congolaise destinée à l’exportation.
La pérennisation de l’embellie financière est conditionnée par la diversification de l’économie
.

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Published by PatrickEric - dans Culture
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loubaki 01/05/2015 08:54

Grâce à vous je viens de comprendre ce que le gouvernement avait qualifié "d'actifs valides et d'actifs non valides" et je vous remercie. Mais je relève une contradiction dans votre analyse. Comment un épargnant ne peut pas arriver à payer une créance ? Je ne comprends pas. Pour ne pas aller loin, voyons mon cas. J'avais 200 millions dans mon compte d'épargne et 8 millions dans mon compte chèques. Et pourtant mes deux comptes ont été envoyés à la CCA. J'ai pu être remboursé entre 2007 et 2012 de la somme de 125.000.000 de F avec une commission de 30% à verser aux intermédiaires choisis par le directeur général M. IKEMO. Il reste un reliquat de 75.000.000 de F qu'il refuse de me verser parce qu'il les considère comme sa part de commission et ceci malgré la déclaration du 13 août 2013 du Chef de l'Etat selon laquelle "tous les épargnants des établissements bancaires liquidés ont été remboursés". Malgré mes supplications auprès de M. IKEMO et du ministre d'état Gilbert ONDONGO, rien ne bouge. Quel conseil me donnez-vous pour récupérer le reliquat de mon épargne (75.000.000 F CFA). Merci.

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