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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 22:15

Par Clémence MORTIER
photo7quartiers.jpgAlors que s’ouvre à Cannes ce 11 mai 2011 le 64ème Festival international du Film, force est de constater qu’aucun film africain ne figure dans la sélection officielle. Le cinéma du continent ne sera représenté que dans la section "Un certain regard", avec le film sud-africain Skoonheid du jeune réalisateur Oliver HERMANUS.

L’année dernière, le réalisateur tchadien MAHAMAT Saleh Haroun avait remporté le prix du Jury avec son film "Un Homme qui crie", une première pour le cinéma africain après plus de dix ans d’absence. Cette année, Haroun est membre du jury du festival de Cannes présidé par l’acteur américain, Robert De NIRO.

S’il est absent de la sélection officielle, en revanche, le cinéma du continent sera présent au marché du film de Cannes, ouvert à tous les réalisateurs du monde. Le rappeur sénégalais Didier AWADI y présentera notamment son documentaire "Le Point de vue du Lion", qui donne la parole aux Africains sur l’émigration et examine les causes profondes de ce phénomène.
Il faut reconnaître que le festival de Cannes n’a jamais fait la part belle au cinéma africain. D’après l’INA, parmi les 54 pays que compte l’Afrique, 10 seulement ont eu la chance de représenter leur continent dans la compétition du Festival français, courts et longs-métrages confondus. Parmi eux, l’Afrique du Sud est le pays à avoir eu le plus de films sélectionnés (15), suivi de l’Égypte (13) et de l’Algérie (4).
Ces chiffres confirment que l’Afrique a du mal à trouver sa place sur les marchés du cinéma mondial. En cause, d’une part, l’absence flagrante d’industries à l’échelle nationale, régionale ou continentale, d’autre part le manque de popularité des productions sur les écrans mondiaux.

Relevons aussi le fait que le cinéma africain est très souvent financé par des sponsors occidentaux qui imposent aux réalisateurs une certaine ligne de conduite, et cela ne permet pas au film africain de s’exprimer librement et donc d’être concurrentiel. "Réservés à un cercle fermé de cinéphiles aimant l’Afrique, ces films se retrouvent dans une multitude de festivals dédiés aux cinémas africains sans vraiment parvenir à percer le marché de la distribution mondiale", analyse l’INA.
Certaines initiatives, pourtant, tentent de développer la notoriété du cinéma du continent noir. Ainsi, le site de vidéo à la demande (VOD) AfricaFilms.tv, a pour objectif de rendre les films africains "visibles par tous, partout", et de permettre à ceux qui les font d’en vivre. 400 heures de programmes seront téléchargeables à partir du mois de juin.

Moyennant 2 à 5 € par film, les internautes auront accès aux productions de tous les pays d’Afrique, des documentaires aux grands films primés en passant par la jeune production et les sit-coms, ces dernières étant particulièrement prisées par les diasporas.

Les initiateurs du site estiment le marché mondial à 50 millions de spectateurs aujourd’hui, qui s’élargira d’ici 2013-14 aux populations africaines, bientôt connectées à l’internet haut-débit mobile.

Le boom de la pornographie en Afrique
Par Habibou BANGRÉ
Les films pornographiques sont de plus en plus consommés en Afrique, en dépit de l’interdiction légale – et de la condamnation morale – qui existe dans de nombreux pays. Les détracteurs du genre craignent une dépravation des mœurs, surtout chez les jeunes.

Il y a encore quelques mois, Fabrice (le prénom a été changé) était amateur de pornographie. Cet Ivoirien de trente ans assure qu’il n’a jamais été "accro", mais admet qu’avant de trouver l’équilibre dans la religion, il était adepte de ce genre de films. Timide, il avait en effet "peur d’approcher les filles". Alors, à la nuit tombée, il ressentait parfois le besoin de tromper ses frustrations. Direction la maison d’un ami pour regarder un film X…

Les "pornos" sont importés sur le continent depuis l’Occident et, de plus en plus, sont tournés avec et par des Africains – qui à l’occasion pimentent la touche locale. Des danses traditionnelles, telles le mapouka ivoirien, sont ainsi revisitées. "Sur fond de musique africaine, ces danses s’achèvent par des relations sexuelles reprenant le schéma classique des films européens", précise la Camerounaise Amely-James Koh Bela, présidente de Mayina, une association française combattant l’exploitation sexuelle.
Films X à la télé en RDC
D’où qu’elles viennent, les productions s’affichent dans des vidéos-clubs d’Abidjan, Douala, Lagos, Johannesburg ou Kinshasa. Des vendeurs ambulants cèdent en outre des CD ou DVD piratés pour 500 à 6 500 FCFA (entre 80 centimes et 10 euros). Une activité plus ou moins discrète...

Est-ce à dire que la pornographie commence à entrer dans les mœurs ? Officiellement, non : malgré l’intérêt des consommateurs, elle reste illégale dans de nombreux pays et n’a pas bonne presse.
"En RDC, il y a quelques années, avec la libéralisation de l'espace démocratique et médiatique, des chaînes de télévision privées avaient essayé de diffuser des films, se souvient par exemple le sociologue congolais Jean LIYONGO EMPENGELE. Cela a été interdit par les autorités sous pression de la population, offusquée par "l'atteinte aux mœurs".
Les détracteurs craignent une dépravation sociale, arguant que des agressions ont impliqué des hommes surexcités. Pas impossible, selon Fabrice. "De mon expérience, la pornographie a beaucoup d’aspects négatifs, renchérit-il d’une traite. Tu es là, tu dors, et les images des acteurs viennent, et reviennent... Et ça te frustre parce que tu ne peux rien faire ! Ça peut aussi provoquer une dépendance".
Projet de loi en Afrique du Sud
Des critiques estiment ces risques particulièrement élevés chez les jeunes qui, comme en Occident, s’initient à la sexualité via internet, où ils téléchargent et diffusent du contenu, quand ils ne sèchent pas les cours pour s’"instruire" dans des vidéos-clubs. "La loi n’est pas derrière pour règlementer leur entrée, déplore Fabrice. Ça crée des problèmes parce que leur sexualité désordonnée peut favoriser la propagation des MST, du sida, des grossesses non désirées".
Des inquiétudes que quelques Etats partagent publiquement. Au Nigeria, les autorités de Lagos demandent aux parents de surveiller strictement leurs enfants. L’ancien vice-ministre sud-africain de l’Intérieur, MALUSI GIBABA, a pour sa part proposé en 2010 un projet de loi interdisant la pornographie sur le web et les mobiles pour protéger les mineurs.
Reste que le milieu du X, essentiellement non professionnel en Afrique, suscite des vocations. "En Côte d’Ivoire, au Cameroun… les acteurs porno sont adulés et présentés comme des modèles de réussite pour la jeunesse, qui ne se fait pas prier en cas de sollicitation", constate AMELY-JAMES KOH BELA, auteur de Mon combat contre la prostitution (éd. Jean-Claude Gawsewitch). D’autres anticipent et proposent leurs services sur internet.
Exploitation des travailleurs et travailleuses du sexe
Philippe Di FOLCO met cependant en garde contre les dérives, "décuplées par rapport à l’Occident". "On assiste à une exploitation des travailleurs et travailleuses du sexe, utilisés sans contrat, sans suivi médical, commente le directeur du 'Dictionnaire de la pornographie' (éd. PUF). Ces méthodes, dont ces pays [africains] n'ont pas l'exclusivité, peuvent être assimilées à de la prostitution. Le Nord réclame par ailleurs des plans tournés sans préservatif et beaucoup de scènes plus ou moins bien simulées de violences sur les femmes, mais pas seulement : tous les genres sont affectés, hétéro ou homo".
Alexandre (le prénom a été changé), un ex-acteur-réalisateur camerounais, ne s’est jamais plaint de ses conditions de travail – même quand il a dû tourner "sans préservatif pour des raisons esthétiques".

Car à l’image de bien des novices, il ne jurait que par la rémunération. "J’ai été payé 1 000 euros par mon producteur, basé en France, pour mon rôle de vingt-six minutes dans 'L’Amour dans les arbres'. Et 500 euros pour le quinze minutes 'Pur Choco d’Afrique’".
Les temps changent. Aujourd’hui, ces cachets, plutôt élevés pour un amateur installé en Afrique, ne le font plus rêver. A l’image de Fabrice, il a "trouvé Dieu". Et depuis, la pornographie, c’est de l’histoire ancienne.

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Published by PatrickEric - dans Culture
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