Les Congolais attendront encore la série télévisée Stevie et Chekina
Par Quentin LOUBOU
Alors que le pilote (le premier épisode) de "Stevie et Chekina" avait été réalisé à Brazzaville pour le plus grand plaisir des cinéphiles, la série, une grande première dans le cinéma Congolais, n'a pu se poursuivre malgré le financement obtenu auprès du Fonds Image Afrique et de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Quatre ans après la réalisation du pilote, les initiateurs du projet, les réalisateurs Alain NKODIA et Elvis Prince MERCHAND, ont décidé de faire la lumière sur cette affaire pour laquelle ils ont passé plus d'une année en travaux d'écriture depuis 2003.
"Nous étions dans un bar Alain et moi, avec la fameuse Chekina, en train de prendre un verre. Chekina était une fille qui paraissait très agitée et parlait souvent de sa copine Stevie. Cette dernière était plutôt calme et visiblement intelligente à l'école. Cette histoire d'amitié, faite aussi d'antagonisme sur le plan comportemental, nous a émerveillés. Et à partir de là, Alain et moi avons eu l'idée d'écrire ce film", a raconté Elvis Prince.
L'écriture du film finie, les réalisateurs ont proposé le projet au cinéaste et producteur Congolais Camille MOUYEKE, le réalisateur du film Voyage à Ouaga, alors de passage à Brazzaville. "Il a apprécié le projet et nous a demandé d'écrire un certain nombre d'épisodes. Ce qui a été fait. Ensuite, il a corrigé les textes au fur et à mesure, car à cette époque nous étions des novices dans les séries télévisées", poursuit Alain NKODIA.
La prochaine étape était consacrée à la validation du texte par Camille MOUYEKE, avant la soumission du projet au Fonds Image Afrique et à l'OIF pour financement. C'est sur plus de 80 projets que "Stevie et Chekina" a finalement été sélectionné. "Nous étions très contents et on croyait déjà réaliser une partie de nos rêves", relate Alain NKODIA qui a bénéficié par la même occasion d'un stage de formation en écriture de série télévisée à Ouagadougou, grâce à une aide à la réécriture accordée par le financement.
Avec 13 épisodes, "Stevie et Chekina" obtient en 2004 une première tranche de financement de 10 000 euros du Fonds Image Afrique et environ 35% des 60 000 euros prévus par l'OIF. La deuxième tranche étant conditionnée à l'achèvement du pilote et à sa soumission aux producteurs. "Le pilote a été réalisé à Brazzaville avec le concours de professionnels venus d'ailleurs. En tant que producteur délégué, grâce à sa société Horten's films, Camille est reparti en France avec le produit brut pour le soumettre comme prévu. Et depuis lors plus de nouvelles", regrette Alain NKODIA. "Il était question qu'Alain et moi partions en France pour monter le pilote. Nous avons attendu et il y a eu des complications. Pendant ce temps, Camille MOUYEKE a disparu pour toujours. À notre connaissance, le pilote n'a jamais été monté. Du coup, il ne pouvait pas bénéficier du reste d'argent", complète Elvis Prince.
Tentative réussie du moins en termes d'approche, "Stevie et Chekina" a suscité des passions qui ont aujourd'hui fait place à la déception. Nombreux sont les Brazzavillois qui s'interrogent sur l'avenir de cette série que l'on ne cessait de promettre prochainement sur les petits écrans nationaux et internationaux. Le projet, qui a pourtant passionné plus d'un Congolais désormais captivé par le 7e art, a déçu les jeunes comédiens formés sur place, qui s'étaient d'ailleurs mis dans la peau de futures stars de cinéma.
"Ce que nous déplorons, c'est que nous ne sommes pas entrés en contact direct avec le Fonds et l'OIF pour savoir réellement ce qui s'est passé. Et Camille ne nous a jamais rendu compte de quoi que ce soit depuis quatre ans", indique Alain NKODIA.
"Stevie et Chekina est notre projet. Nous sommes libres de faire une rétrocession de droit, car c'est notre idée. On peut le continuer, si nous trouvons d'autres partenaires. Mais monsieur Camille MOUYEKE doit prendre ses responsabilités", a déclaré Elvis Prince, profitant de l'occasion pour lancer un appel au ministère de la Culture pour qu'il subventionne le cinéma, comme cela se pratique ailleurs.