Restauration de la Démocratie de l'Etat de Droit et de la Républque au Congo
Tout ce qui flotte sur l’eau n’est pas bouée de sauvetage
Résumé d’un entretien de Me MOUDILENO MASSENGO avec un correspondant de Presse, le 10 Avril 2009
I - Au cours du Forum pour la paix, l’unité nationale, la démocratie et la reconstruction qu’avait organisé Dénis SASSOU NGUESSO au mois de janvier 1998, – après sa célèbre victoire (sic) du 15 octobre 1997 sur Pascal LISSOUBA et Bernard KOLELAS, – certains participants avaient demandé que le grand vainqueur porte désormais le titre de Maréchal. Fort heureusement, la majorité ainsi que l’intéressé lui-même firent entendre raison à ces exaltés et bornés. Exaltés et bornés parce qu’ils ne voyaient l’avenir du Congo post-conflits armés, post-victoire de SASSOU NGUESSO qu’en termes de triomphe de la milice de ce dernier sur celles des vaincus en fuite.
Douze ans après, beaucoup se demandent si ces exaltés, ces bornés avaient réellement entendu raison, bien compris que la victoire militaire de 1997 était une honte et devait s’épurer, se transformer en devenant une victoire politique, se mettre au service du bien de tous. Oui, douze ans après, on se demande si ces esprits avaient bien réalisé que le destin du Congo, après le 15 octobre, était de se reconstruire à la lumière des principes de la démocratie et de leur juste application et non à l’ombre des stratégies ambiguës et perverses tels que le double jeu, le double langage, l’andzimbisme, le manque de clarté et de fermeté dans les décisions, la méfiance systématique vis-à-vis de l’autre, la définition de celui-ci de façon primitive c’est-à-dire à partir des critères hérités du régionalisme, du tribalisme.
Douze ans après, on se demande si ces exaltés et bornés du Forum de 1998 n’avaient pas reculé publiquement pour mieux sauter au cours des nuits suivantes.
En tout cas, rien de ce qui se fait ou s’accomplit dans la vie politique du Congo, depuis ce Forum, ne brille d’une clarté ou transparence rassurante. Même ce Forum qui avait su éviter à notre patrie la honte d’être le pays du 4e Maréchal d’Afrique (après Idi AMIN ADA en Ouganda, MOBUTU au Zaïre, BOKASSA en Centrafrique) s’est terminé dans le mobutisme, le bokassisme. Sassou fut sacré Maréchal de fait. Le pays fut placé sous ses pieds. Toutes les lois fondamentales ainsi que les institutions de base furent décrétées flexibles afin qu’elles puissent facilement et durablement plier sous sa volonté.
Ainsi a été défini et a fonctionné le Parlement dit de transition de 1998, avec des députés nommés et révocables à souhait. Ainsi ont été définis le Dialogue national et la Convention nationale de 2001 : entre les seuls fidèles de Dénis SASSOU NGUESSO. Ainsi a été conçu, organisé et voté le Référendum dit constitutionnel de 2001. Ainsi a été rédigée et adoptée la Constitution de 2002. Ainsi se passent les scrutins au Congo Brazzaville depuis sept (7) ans.
Ceux qui avaient voulu, au cours du Forum de 1998, que SASSOU NGUESSO soit Maréchal en titre très officiel n’ont pas échoué dans leur projet. La Constitution de 2002, dernier terme de sa montée au pouvoir sans partage le prouve. Tout – sauf bien sûr le pouvoir du Maréchal – est à l’état végétatif dans le pays. Aucun organe, aucune instance politique, aucune institution distincte de la présidence de la République, c’est-à-dire du Chef suprême, ne peut et doit y faire signe de vie, montrer qu’elle existe, remplir la fonction dont elle porte officiellement le nom, l’indication. Aucun mot ne doit être lu et compris dans cette Constitution comme on le lit, entend et applique dans les autres parties du monde démocratique.
Dans les institutions mises en place au lendemain du Forum de 1998, tout était flexible. Dans la Constitution de 2002, tout est à l’état végétatif. Sauf, encore une fois, ce qui a trait à toute puissance du Maréchal du 15 octobre.
Sept ans après son "adoption", en réalité son imposition par SASSOU NGUESSO sur les épaules du peuple, cette Constitution a entraîné tout ce que provoque une loi mal faite. Prenons seulement un exemple parmi les nombreux cas de révolte, de refus de continuer à se soumettre ou obéir qu’engendre aujourd’hui cette Constitution. Ce cas c’est la révolte de l’opposition.
Dans la Constitution de 2002, l’opposition est la force ou l’institution qui a été la plus condamnée à l’état végétatif. Même majoritaire à l’assemblée nationale, elle ne peut pas renverser le gouvernement, elle ne peut pas former le gouvernement, car le Président de la République, chef de l’État est automatiquement chef du Gouvernement. Renverser le Gouvernement c’est faire un coup d’État. Mais refuser à une opposition majoritaire à l’assemblée nationale de former un gouvernement n’en est pas un. Quelle Constitution, quelle démocratie andzimba ! En d’autres mots, le grand principe ou loi de la majorité n’existe pas au Congo quand il s’agit de former le Gouvernement qui dirigera le pays.
Plus exactement, elle n’y existe que de façon dérivée, à savoir : il faut d’abord avoir la présidence de la République si l’on veut avoir le gouvernement du pays.
Qui veut être Chef du Gouvernement doit commencer par être Président de la République.
Certains ont mis du temps à comprendre ce jumelage automatique, ce rattachement, comme deux sœurs siamoises, de ces deux grandes fonctions et responsabilités.
Aujourd’hui, tout le monde sait que l’urne présidentielle est la seule qui importe. La seule qui apporte ou donne – du moins formellement – le pouvoir. Les autres – législatives, municipales – ne permettent pas de sortir de l’état végétatif dans lequel la Constitution de 2002 a placé le citoyen. D’où l’importance extraordinaire qu’a prise cette urne de toutes les voies ou possibilités de sortie de cet état. Que dis-je ? L’urne présidentielle est subitement devenue la seule arme légale pour produire l’alternance, amener le changement dans le pays.
Après la période de la démocratie à parti unique, voici le Congo Brazzaville menacé de devenir une démocratie à urne unique ou principale – l’urne présidentielle – si la funeste Constitution de 2002 est maintenue dans notre pays.
On voit clairement, par là, l’un des grands dangers qui nous menace. Cette urne devenue urne unique peut conduire à l’affrontement armé. Elle peut générer des conflits qui recourent à l’arme tranchante pour leur "solution".
Mais revenons au phénomène qui domine la vie politique à savoir l’importance toute spéciale de l’urne présidentielle, notamment en cette année 2009.
L’opposition a donc compris que cette urne est le sésame, la clé qui ouvre et ferme toutes les portes. Elle a tout naturellement juré qu’aucun scrutin présidentiel – celui prévu au mois de juillet prochain compris – ne sera plus organisé dans le pays comme par le passé. C’est-à-dire que le Maréchal SASSOU NGUESSO ne fera plus seul la loi à ce niveau. "Non, nous ne le laisserons plus jouer au coq dans ce domaine. Il n’étendra plus sa toute-puissance jusque-là. La question électorale doit échapper au gouvernement et être gérée en co-responsabilité avec l’opposition. Sinon, aucun scrutin n’aura plus lieu".
Jamais la vieille revendication (par l’opposition) d’une commission électorale indépendante n’avait été présentée avec autant de détermination, de menaces.
Le Maréchal vient de le comprendre. Mais il ne veut pas, apparemment, se résoudre à l’idée que deux coqs chantent triomphalement dans une même basse cour. Pour lui, les urnes doivent demeurer, dans le fond, comme les poules dans un village. Elles peuvent se distraire avec quelques coqs émergents. Mais ceux-ci ne doivent pas chanter fort devant lui c’est-à-dire prétendre évincer le grand mâle, prendre sa place, faire entendre un nouveau cocorico aux quatre coins de la localité. Il peut consentir à quelques aménagements mais pas plus.
L’épreuve de force est donc dans l’air. Et ceci d’autant plus pesamment que la Constitution de 2002 ne cesse de révéler ses défauts, ses malformations et, par conséquent, de conduire le Gouvernement en place à des échecs qu’on ne peut pas cacher, comme la non concrétisation dans le pays, par ce dernier, de son fameux programme dit « Nouvelle espérance ». Le pays ne cesse de s’enliser, de s’engloutir dans la désespérance, de sombrer dans la division, la dictature, la mal gouvernance, l’état végétatif de toutes les forces à tous les niveaux. Bref, le chaos sombre et hideux est partout. Oui l’incapacité du gouvernement à reconstruire le Congo sur la base de sa Constitution de 2002 brille jusque devant les yeux des observateurs étrangers. Pas un journal respectable n’écrit plus sur le Congo sans s’alarmer comme à la veille de la triste période qui avait précédé le dévoiement des beaux acquis de la Conférence nationale dans l’ignoble option du règlement des conflits politiques par les armes, par les guerres civiles, par la "Bêtise".
En d’autres termes, l’opposition, le peuple, le gouvernement de SASSOU NGUESSO ne sont plus les seuls à se rendre compte que la Constitution de 2002 est un chemin qui contient la ruine et y conduit inexorablement si on ne décide pas de s’en éloigner, de s’en écarter, de l’abandonner.
Après mille tergiversations ou refus de se rendre à l’évidence de la nature empoisonnée de cette Constitution, le pouvoir qui repose depuis sept (7) ans sur ce socle stérile vient d’offrir à l’opposition d’aller vers la prochaine élection présidentielle sur une barque qui ne dérive pas, qui ne conduise pas là où aucune des parties intéressées n’a envie d’aller. Oui, le pouvoir vient de craindre publiquement que sa Constitution noie ce qui reste de ses rêves et espoirs.
Oui, le gouvernement du Maréchal vient de laisser entendre qu’il est prêt à cesser de considérer le domaine électoral comme un champ clos, comme une basse-cour où la seule voix est la sienne ; qu’il est prêt à partager avec l’opposition la responsabilité d’annoncer ensemble l’aurore et le jour, de chanter midi d’un commun accent. Bref de conduire le peuple, les électeurs vers des urnes sans vices cachés, ni mystères, ni conflits. Il a même indiqué les points sur lesquels porteront le dialogue, la marche vers la concertation. Concertation ! C’est même le nom qui a été donné à la rencontre projetée. Avec le qualificatif de citoyenne.
II - On ne peut ne pas, devant cette fin de la politique du silence que le gouvernement avait longtemps choisie d’opposer à l’opposition lui demandant, à cor et à cri, une commission électorale indépendante, on ne peut ne pas être tenté de dire : bravo ! Ou rappeler une phrase chère au défunt Président de la Conférence Nationale Souveraine de 1991, Mgr Ernest NKOMBO : "Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis". Oui ça mérite un petit bravo. Du moins a priori. Car, ce n’est pas courant de voir un dictateur qui décide de changer d’avis ; qui, au cœur de son grand orgueil, s’arrête, se met à réfléchir, fait un petit demi tour en arrière et offre à dialoguer avec ceux qu’il a toujours repoussés, maintenus dans un état végétatif. Non, on ne peut pas repousser un tel geste d’un rapide revers de la main. Comme on ne peut pas non plus se précipiter et tomber à genoux comme devant un grand cadeau ou un acte de changement fondamental des temps et des mœurs. Non, ce n’est pas une grande aurore qui apparaît à l’horizon, comme en 1991.
Ce qu’il faut faire, c’est analyser avec lucidité le fait. Se demander d’abord très sereinement s’il faut en prendre acte ou non. Motiver ensuite de façon très responsable sa réponse. Car un tyran qui tient un langage de recul c’est comme un crocodile qui flotte énigmatiquement sur l’eau. Il peut être soit agonisant, soit mort depuis des semaines, soit en train de feindre la mort.
– L’offre de SASSOU NGUESSO peut être un signe des temps. L’homme devrait être normalement au bout du rouleau. Depuis le temps qu’il jongle, triche, joue à l’andzimba, promulgue des Constitutions chaotiques, joue au tranquille dormeur, se réveille comme un cobra, voit son nom collé sur tous les grands crimes et événements qui endeuillent sans arrêt le pays depuis plus de quarante ans. L’homme devrait normalement être au bout du rouleau.
Son offre devrait normalement être sincère, revêtir le caractère d’un signe des temps.
Mais qui peut l’affirmer avec certitude. Qui peut dire qu’il n’est pas en train de relancer ce qu’il a déjà fait par le passé : assassinats, guerres civiles, sommeils de crocodile, et ce d’autant plus qu’il a mis, le 31 décembre 2008, l’armée en éveil ? Qui peut ignorer l’offre d’amnistie de 1999 et qui cachait le massacre du Beach ? Le doute est donc permis.
Mais le doute est une arme ambiguë. Tantôt il sert de base à un bon avis favorable : le doute qui bénéficie à un accusé. Tantôt il finit par engendrer la méfiance, le scepticisme. Tantôt il provoque l’indécision, l’abstention, le refus de choisir. Voilà pourquoi nous avons dit plus haut qu’il faut sereinement prendre acte devant l’offre du pouvoir, bien réfléchir avant de prendre position.
– Quelle est ma position devant cette initiative du pouvoir de SASSOU NGUESSO ?
Si je devais l’exprimer sans articuler une phrase, sans dire un mot, en me servant uniquement, par exemple, d’un geste muet, d’une boule noire signifiant ma défiance totale, ou blanche traduisant mon acceptation, mon ralliement, j’utiliserai le premier symbole : la boule noire. Mais je crois que c’est une méthode qui ne convient pas en l’espèce. Il faut, en l’occurrence, se saisir du geste du tyran, même s’il ressemble à un crocodile qui flotte sur l’eau, pour en cerner tous les aspects. On ne démasque pas une supercherie, une manœuvre perfide sans la prendre dans ses mains, l’analyser, la scruter, la retourner dans tous les sens.
Voici le constat que je ferais avant de sanctionner d’une boule noire l’offre du pouvoir, avant de rejeter celle-ci dans l’état actuel des choses.
– C’est une offre tardive, même si par impossible, elle avait quelque chose de positif. Ce n’est pas à quelques mois du déroulement d’un scrutin qu’on songe à son organisation. Le pouvoir avait sept ans pour le préparer en toute responsabilité. Se réveiller, dans ce sens, un trimestre à peine avant la convocation des citoyens à leur responsable devoir c’est se moquer d’eux, amoindrir, saboter leur rôle, leur poids dans la marche du pays, c’est, conspirer contre la démocratie.
Cette circonstance oblige à douter sérieusement de la sincérité du gouvernement et de la bonne qualité de son offre. Et donc à se méfier d’emblée devant ce don tardif. A douter de sa volonté d’organiser cette élection.
– Par leur nature, les sujets qui composent l’offre de concertation présentée par le gouvernement à l’opposition, ne peuvent pas être débattus au niveau de l’instance formée par ces deux interlocuteurs.
Ces sujets sont : "le cadre institutionnel régissant les élections au Congo Brazzaville, le corps électoral et le financement des partis politiques".
Le document qui les a sélectionnés est signé du coordinateur du gouvernement, Premier Ministre à titre honorifique et non en vertu de la Constitution. Celle-ci n’a pas voulu légalement créer un poste de Premier Ministre légal. Sans doute afin d’éviter que le Maréchal ait un second sous lui qui lui fasse de l’ombre. Un chef ça reste et demeure chef tout seul, selon la tradition Africaine, soutiennent certains sociologues, juristes, etc… autour du pouvoir de Mpila. Comme si le pouvoir au Congo Brazzaville moderne doit encore être celui en vigueur au temps des Mani et des Mwéné. Bref, la qualité du signataire du document de travail pose problème. Le coordinateur peut-il valablement offrir quelque chose à l’opposition sous les chapitres qu’il a évoqués dans son document ? Ou a-t-il reçu de son maître mandat de promettre quelque chose ? De disposer d’une partie de son pouvoir souverain ? L’opposition n’est pas le seul niveau où l’on se pose ces questions.
Au gouvernement même, et cela bien avant le document qui nous intéresse, certains Ministres et non des moindres refusent de décerner au Coordinateur les marques de respect dues à un Premier Ministre légal, constitutionnel. "Le Premier Ministre que nous avons est un Premier Ministre de propagande", affirment-ils en toute liberté.
Il y a donc, "in limine litis" comme disent les juristes, une question préliminaire à résoudre ici. En effet, l’opposition ne peut pas aller s’asseoir autour d’une table de dialogue, de négociation, de concertation citoyenne et donc de décision sur la paix dans le pays sans être sûre que le partenaire d’en face est bien la personne avec qui on doit traiter. C’est une procédure (dite de vérification des mandats) vieille comme le dialogue, la négociation, la paix, la concorde, etc…
Cette précaution doit-elle, en l’occurrence, revêtir la forme d’une exigence absolue ? Autrement dit l’opposition doit-elle traiter l’offre signée ou présentée par le coordinateur, Premier Ministre non constitutionnel, comme irrecevable ? Doit-elle la rejeter du revers de la main ? Je pense qu’il faut saisir l’occasion créée par le pouvoir lui-même pour lui mettre les points sur tous les i et les j qui ne les portent pas encore. Il faut se lever, s’avancer et dire au Gouvernement tout son fait à propos de l’initiative qu’il a prise. Il faut lui dire son fait, tout son fait – dans la forme et le fond – à propos de son initiative. Il faut tirer de celle-ci tout l’utile qu’on peut en tirer.
En d’autres termes, nous pensons que parce qu’elle a choisi, depuis longtemps, d’agir dans le cadre aléatoire de la Constitution de 2002, l’opposition intérieure peut se rendre au rendez-vous fixé par le pouvoir de Mpila, s’asseoir à la table de dialogue, prendre le débat en mains.
Ce n’est pas ce qu’il faut soulever et dire au Gouvernement à cette occasion qui lui manquerait.
Oui, quelle belle occasion à saisir pour rappeler au Gouvernement combien le Congo Brazzaville n’est plus gouverné !
Ce qu’elle pourra, ce qu’elle devra lui dire à cet égard n’est pas difficile à imaginer.
Le premier point à débattre, le coordinateur l’a indiqué en ces termes : "Rappel du cadre institutionnel régissant les élections au Congo Brazzaville". Rappel. Eh bien rappel, c’est un mot à plusieurs nuances comme le montrent les expressions suivantes : rappel à l’ordre, à la loi, à la raison, rappel de limitation de vitesse, battre le rappel, lettre de rappel, piqûre de rappel.
Rappeler à quelqu’un les dispositions de la loi, la réglementation en vigueur dans un domaine donné n’est pas tout à fait synonyme de l’inviter à en débattre, encore moins à chercher en commun comment la modifier, l’améliorer. En tout cas, en ayant simplement parlé de rappel de ce qui existe, le Gouvernement a clairement laissé entendre que ce premier point a été inscrit à l’ordre du jour dans un but simplement didactique : rappeler à l’opposition la réglementation, la loi en vigueur à cet égard. Lui rappeler donc son devoir à ce niveau c’est-à-dire se soumettre à ce qui existe. Non, le Gouvernement n’a rien indiqué d’autre. Le cadre en vigueur est, à ses yeux, bien fait. Même si toutes les élections qui ont été organisées jusqu’ici sous son égide ont conduit à d’énormes chienlits sur tous les plans.
Le Gouvernement a donc choisi de laisser l’opposition ouvrir, lancer le débat à ce sujet.
Cette façon de faire, de procéder n’est pas bonne de la part de quelqu’un qui prend l’initiative d’une rencontre, d’un dialogue ; qui recherche une concertation, un accord. C’est une attitude d’irresponsabilité de sa part. Pourquoi choisir de tourner d’abord en rond ? Cacher le débat ?
Le Gouvernement aurait dû, après avoir rappelé (sic) le cadre institutionnel dont il s’agit, il aurait dû indiqué le contentieux qui existe et s’exaspère entre lui et l’opposition depuis plus de sept (7) ans. Bref, il a laissé à l’opposition le soin de le faire. Eh bien, que l’opposition prenne l’offensive et accable le Gouvernement qui ne cesse d’organiser des scrutins chienlits dans le cadre de ses grotesques lois électorales. Que l’opposition saisisse l’occasion et lance clairement tout le débat qui existe au Congo Brazzaville.
Le Gouvernement a choisi la même attitude de silence au niveau des autres points qu’il a inscrits à l’ordre du jour de la rencontre.
En somme, il s’est contenté de mettre le doigt sur trois sujets brûlants et l’a retiré aussitôt, espérant voir l’opposition y mettre toute sa main et se brûler gravement. C’est une mauvaise façon de se comporter quand on veut dialoguer, négocier, rechercher une solution à un problème. Répétons-le, ce n’est ni responsable, ni de bonne augure pour la suite.
Eh bien, que l’opposition, au niveau des trois points mentionnés de façon fugitive par le Gouvernement, ouvre le débat, accuse, apporte des preuves, force le Gouvernement – si celui-ci veut vraiment négocier – à sortir de son système de négociation basé sur des rappels de ce qui existe déjà et qui est à la base du désaccord.
L’occasion est donc belle pour l’opposition qui a choisi de se battre dans le cadre de la stérile Constitution de 2002 de mettre le Gouvernement, une fois de plus, devant la mauvaise qualité de cette loi mère et des réglementations boiteuses qui découlent d’elle.
III - L’offre du coordinateur respecte-t-elle pas la fameuse Constitution de 2002 ?
Nous avons soulevé ci-dessus une question de droit, en nous interrogeant sur la qualité du signataire du document parvenu à l’opposition. Terminons en nous demandant si les points y indiqués peuvent être, en définitive, discutés, valablement, par le Gouvernement et l’opposition. L’un et l’autre sont-ils, qualifiés pour en débattre ?
Le Congo Brazzaville a, dit-on, une Constitution depuis 2002. Le coordinateur a indiqué dans son document (premier point) que l’organisation des élections au Congo bénéficie déjà d’un cadre institutionnel. Ce moule est si mauvais qu’aucun scrutin n’en sort en bon état. Tous ont inexorablement des formes hideuses. Tel moule, tel produit qui en sort. Mais est-ce au niveau d’une instance Gouvernement et opposition qu’on peut résoudre la question de la malformation et donc de la rectification de ce cadre juridique boiteux ? En d’autres termes, appartient-il aux négociateurs du 14 avril prochain de refaire la loi régissant les élections au Congo ? Sont-ils députés ? Sont-ils tous qualifiés pour définir une autre législation en la matière ?
Pratiquement, qu’est-ce qu’on peut attendre d’eux ? De leur dialogue, de leur concertation ? Qu’ils modifient la ou les lois en vigueur ? Ils n’en ont pas la qualité. C’est peut-être pour cela que le coordinateur a utilisé le mot rappel parlant du fameux cadre déjà en place signifiant par là qu’il n’a ni qualité ni pouvoir pour faire quelque chose de nouveau.
Quoi qu’il en soit, les trois sujets inscrits par lui à l’ordre du jour ne peuvent pas être réglementés au niveau de la concertation du 14 avril prochain. Même si la Constitution de 2002 est une loi qui se viole à tout moment.
Ces trois sujets intéressent toute la nation. Seuls les mandataires de celle-ci peuvent en débattre, modifier ce qui existe et ce qui ne marche pas.
Inutile de préciser que le troisième point – financement des partis politiques – ne peut pas décemment être débattu et trouver une solution au niveau de la concertation du 14 avril. Toute conclusion y relative serait une solution suspecte, les partis "légiféreraient" alors sur eux-mêmes ou leurs propres intérêts.
Bref, on ne voit pas ce qui peut sortir d’utile et de "légal" de cette concertation en-dehors du fait que l’opposition peut et doit se servir du cadre tracé par le gouvernement pour faire le procès de celui-ci non seulement sous les points qu’il a inscrits à l’ordre du jour mais bien d’autres, le Congo Brazzaville étant mal gouverné à tous les niveaux.
Oui, de nombreuses autres forfaitures et faillites tels que le choix qu’il a fait "de penser si tardivement à l’organisation du scrutin de juillet prochain" (sic), de placer ce scrutin sous la garde de la Force publique avant même qu’il ne songe à fixer la date de son déroulement, bien d’autres tristes situations auraient pu être inscrites à l’ordre du jour, ce 14 avril.
Encore une fois, l’opposition doit, à notre avis, aller à la rencontre du 14 avril. Non pas pour débattre des trois points indiqués par le Gouvernement – l’un et l’autre n’en ont pas compétence ni qualité au niveau retenu – mais faire le procès de ce pouvoir qui ne sait plus quoi faire ni vers où tourner la tête.
IV - Allons plus loin. Ce sera l’occasion, pour l’opposition, de dire comment il voit l’après SASSOU NGUESSO, vers où elle a la tête tournée.
"SASSOU doit partir" : c’est utile, nécessaire et inévitable. Mais comment pratiquement ? Et quels lendemains après lui ?
Notre position est bien connue à ces deux niveaux. C’est sous le poids des violations graves de la démocratie par SASSOU NGUESSO c’est-à-dire des actes de sa dictature que celui-ci s’écroulera. Certains pensent que l’homme est cobra et éléphant, qu’il a tout pour continuer à tuer par le venin et ses lourdes pattes ; qu’il est andzimba c’est-à-dire expert à faire disparaître habilement quiconque lui porte ombrage. Mais les citoyens ont une arme plus efficace que le venin du cobra ou la lourde patte de l’éléphant.
Cette arme imparable c’est le boycott, le refus de prendre part aux élections-piège de SASSOU NGUESSO. C’est par cette arme de la démocratie qu’il faut abattre le dictateur. C’est une arme qui non seulement réussit son coup mais encore et surtout montre, révèle que ceux qui l’utilisent sont des démocrates éclairés. Et non des exaltés qui mettent n’importe quel moyen au service de leur projet.
Les partisans de SASSOU NGUESSO déclarent qu’il sera élu dès le premier tout au mois de juillet. Mais si c’est au terme d’une élection sans autres électeurs que leur petit groupe et les candidats qu’ils fabriquent autour de SASSOU pour faire croire à une forte compétition, la victoire sonnera plutôt comme une défaite, comme une fin bien avancée de ce dictateur.
Laissons donc SASSOU NGUESSO, ses partisans et les candidats adverses de pacotille aller aux urnes au mois de juillet prochain et le monde entier saluera la maturité politique de notre peuple.
Il la saluera davantage si l’opposition unifie ses idées, ses vues à propos de l’après SASSOU NGUESSO. Or jusqu’ici elle brille à ce niveau par une certaine tendance à ne point inscrire cette importante question à l’ordre de ses préoccupations majeures. Ce qui signifie que les lendemains peuvent aller dans tous les sens, jusqu’à prendre celui qui garde la politique pratiquée par SASSOU NGUESSO.
Ne dit-on pas déjà que certains tiennent à être candidats au mois de juillet prochain uniquement afin d’aider le tyran à mettre en place un Gouvernement d’union nationale ?
SASSOU NGUESSO vainqueur prendrait autour de lui tous les vaincus des urnes comme il a déjà rassemblé autour de sa victoire militaire les vaincus du 15 octobre 1997. "Tout le gratin" de ses ex-ennemis serait ainsi à ses pieds.
Oui, tous les tyrans veulent finir comme organisateurs de gouvernements d’union nationale. Une manière d’empêcher leur peuple d’organiser une Conférence Nationale comme notre pays en a connu une en 1991.
Conclusion :
Ma conclusion s’adresse à la partie de l’opposition qui penserait que le moment est venu de dialoguer sans réserve ni retenue avec le Gouvernement, que le 14 avril prochain pourrait être le moment tant attendu de la naissance de "la commission électorale indépendante".
A cette partie des opposants, on peut rappeler fraternellement la sage maxime ancestrale qui dit "que tout ce qui flotte sur l’eau n’est pas une bouée de sauvetage, que parfois c’est un dangereux serpent, voire le crocodile lui-même qui fait le mort" D’où le titre de ces pages qui a d’emblée voulu inviter à la prudence.
Attendons donc pour voir comment le gouvernement honorera son offre le 14 avril prochain. Les jeux du Gouvernement de SASSOU NGUESSO devant le scrutin à venir ne font que commencer. Pourvu qu’ils n’aboutissent pas au même désastre que l’offre d’amnistie de 1999 qui a entraîné le massacre de plus de 353 exilés revenus au pays à la suite de cette promesse.