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Restauration de la Démocratie de l'Etat de Droit et de la Républque au Congo

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Pédagogie Pour le Front Uni de l’Opposition Congolaise

Pédagogie pour que le Front uni de l’opposition Congolaise participe à l’élection présidentielle
"Si les conditions minimales d’une élection libre et transparente ne sont pas réunies, personne n’ira aux élections, même pas SASSOU ". Voilà l’essentiel du message délivré par le front lors de son meeting du 16 Mai à Paris. Un mot d’ordre qui a galvanisé les esprits et rencontrer l’assentiment quasi unanime des présents au meeting, y compris le mien. Mais au delà l’euphorie, chacun en a t-il réellement saisi le sens profond et les implications stratégiques possibles ?

Il est désormais presque sûr que SASSOU NGUESSO ne va pas changer les règles du jeu électoral d’ici au 12 juillet, date officielle du 1er tour du scrutin présidentiel, sauf coup de théâtre bien sûr. D’ailleurs, le fait que le décret qui convoque le corps électoral n’indique pas la date du 2ème tour en dit long sur l’idée qu’il se fait de la suite du processus. Dès lors, sauf à considérer que ce mot d’ordre n’est qu’une coquille vide c'est-à-dire un slogan lancé son arrière-pensée stratégique, une seule question se pose véritablement : Par quel moyen le Front espère t-il empêcher le déroulement du scrutin tel prévu ? Par l’action de grâce du saint esprit ? Par l’activation tous azimut des réseaux d’influence ? Par un boycott mou ou un boycott musclé?

Structurer une réflexion en dehors de ce domaine de définition n’est que supputation puérile, vaine gymnastique intellectuelle. Car là se trouve la clé pour décoder ledit mot d’ordre et mesurer la sincérité et la crédibilité des personnalités qui animent cette coalition de circonstance. Passons au crible ces options stratégiques.

On a beau croire aux forces de l’esprit, il n’est pas sérieux de penser que la mystique va produire le miracle, en soulageant notamment SASSOU NGUESSO et son entourage de leur ivresse du pouvoir, surtout en un laps de temps aussi court que celui qui nous sépare du scrutin.
Les principaux animateurs du Front n’ont pas à vrai dire des réseaux d’influence qui leur sont spécifiques. Des relais de la FrançAfrique aux obédiences maçonniques, en passant par les ONG non Françaises, la diplomatie Chinoise ou la société civile Américaine, on retrouve quasiment les mêmes acteurs. Dès lors, quels réseaux le Front peut-il mobiliser sans que cela n’interfèrent sur les soutiens complices d’en bénéficie sûrement déjà SASSOU NGUESSO ? Je doute fort du sérieux d’une telle hypothèse.

Le boycott mou, c’est à dire le refus de participer au scrutin présidentiel pour ne pas servir de caution à l’hold up électoral à venir est un pétard mouillé. En l’occurrence, l’histoire est assez bavarde. Le retrait rocambolesque de MILONGO en 2002, l’élection de MOUNGABE en janvier 2009 et l’élection de BOUTEFLIKA en Avril 2009 accréditent l’idée qu’en république bananière on n’est jamais mal élu, y compris quand on a été seul en lice. Le ridicule d’une élection contestée et émaillée d’accusations d’irrégularités par les médias et l’opposition n’empêche pas un dictateur de savourer sa victoire et d’en être peut être même félicité par une frange de la communauté internationale. Raison supplémentaire de l’inefficacité notoire du boycott mou : l’univers politique Congolais ne manque pas d’opportunistes véreux prêts à servir de lièvre électoral à SASSOU NGUESSO, à vil prix.

Le boycott musclé consisterait à ne pas participer au scrutin présidentiel du 12 juillet 2009 et à empêcher sa tenue par tous les moyens. Deux variantes sont possibles : l’option armée et la révolte sociale. La première variante suppose l’existence de milices et l’implication des mercenaires pour des actions ciblées (sabotages) ou généralisées (conflit ouvert). Très coûteuse en argent et en vies humaines, cette option est à la fois inefficace et dangereuse.

Inefficace, car rien ne garantie son succès, étant donné l’ampleur des stock d’armes constitués par le pouvoir, la réactivation de ses milices et le fait que l’armée soit aux ordres.

Dangereuse, car en plus de plonger à nouveau le peuple que l’on veut libérer dans les ténèbres, le pays tout entier va refaire un terrible bon en arrière, en s’enfonçant de plus belle dans les tréfonds du chaos. A tel enseigne qu’aucun patriote digne de foi ne devrait opter pour un tel endeuillement social généralisé.

Il ne reste donc plus que la révolte sociale, c’est à dire les marches, les sit-in, les grèves, la grève générale, la ville morte. C’est la stratégie de la Désobéissance Civile.

Le Général NGOUELONDELE ne s’y est pas trompé, en précisant qu’il n’était pas question, au grand dam des va t-en guerre, de manier des engins de mort mais plutôt d’utiliser tous les moyens pacifiques et démocratiques qui existent. Idée que le Colonel KINFOUSSIA a martelé à sa manière, en parlant de "génie congolais, d’amour pour le Congo et de volonté de changement".

Sauf que là aussi quel est le mode d’emploi, dans ce contexte politique sulfureux où le pouvoir instrumentalise la peur et corrompt les esprits à grand frais ?

Comment mobiliser un peuple éclaté en groupes ethno régionalistes, en l’absence de leaders charismatiques de la trempe de KOLELAS de jadis ou de LISSOUBA et d’initiatives plus courageuses de l’opposition ? Mystère ! Ce qui est sûr c’est que la Désobéissance Civile ne se décrète pas à coup de slogans. Elle est le point saillant d’un processus qui se construit. Car pour qu’une dynamique s’enclenche, la contestation sociale enfle, il faut d’abord que le peuple adhère au répertoire des revendications et croient à la crédibilité des leaders. Et c’est là le cœur du problème.

En effet, le répertoire des revendications de l’opposition (commission électorale indépendante, maîtrise du corps électoral, révision de la loi électorale et présence des observateurs internationaux) est–il vraiment mobilisateur ? Le commun des mortels Congolais peut-il voir là une raison suffisante pour résister à l’argent que le pouvoir promet de distribuer et risquer sa vie, en investissant la rue ?

Rien n’est moins sûr. Un test grandeur nature est nécessaire, pour mesurer l’efficacité de la stratégie d’empêchement du scrutin.

Le Front doit d’abord s’assurer de sa capacité à organiser la Désobéissance Civile, avant de décider de ne pas prendre part au scrutin.

Il faut pour ce faire que dès à présent que les leaders organisent et prennent la tête des manifestations de rue, y compris sans autorisations légales, pour montrer leur détermination, prouver la sincérité du combat qu’ils prétendent mener, et démontrer la pertinence de cette stratégie du "ni..ni". Et qui vivra verra.

Je reste convaincu que participer au scrutin présidentiel est le meilleur moyen pour préparer le peuple à la Désobéissance Civile. Mobiliser la rue en amont des urnes n’est pas simple et me paraît quelque peu illusoire, car l’objet de la contestation est flou et peu porteur. Vouloir placer la Désobéissance Civile au début du processus électoral est quelque peu hasardeux, vu que le principal acteur de la contestation sociale, c'est-à-dire le peuple, n’est pas soudé par un puissant élément fédérateur. Il faut commencer plutôt par mobiliser pour l’élection, établir à l’occasion un lien spirituel avec l’électorat au travers d’un projet qui lui fait la promesse d’un bonheur qui serait désormais à portée de main, et se donner les moyens d’apporter, le jour du scrutin, la preuve irréfutable de la fraude électorale massive.

Le fin mot de l’histoire est dans la capacité réelle des leaders de créer, en amont des urnes, pendant et après le scrutin, les conditions pour que, après publication des résultats, le peuple accède à l’idée que sa victoire pour le changement a été volée et que ses chances de vivre une vie meilleure s’apprêtent à s’envoler. Ce n’est qu’à ce prix qu’on peut espérer le voir enfin se lever comme un seul homme.

Allons donc à la confrontation électorale !

 

A. Florent BISSINGOU

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