Restauration de la Démocratie de l'Etat de Droit et de la Républque au Congo
Ghislin Simplice ONGOUYA
"Hommage à un jeune ami très tôt disparu… "
Paul Alexandre MAPINGOU
Très cher Ghislin, Absent du pays depuis un mois, je n’ai appris la nouvelle de ton décès que le lendemain de mon retour à Brazzaville, vendredi 30 novembre 2007. Je me suis, aussitôt, rendu dans la rue Lascony, à Bacongo, où tu résidais. Tu me recevais toujours avec chaleur et fraternité. J’ai compris, a tout de suite, que tu nous avais précédés dans l’au-delà.
Je fis ta connaissance, pour la première fois, le 1er novembre 2003, au siège de ton journal. Tu sollicitais un échange, sous forme d’interview, j’hésitais, mais je te l’accorderais, dans L’Observateur numéro 229 du 6 au 12 novembre 2003.
Il se lia, entre nous, spontanément, une relation de grand-frère à petit-frère. Notre formation intellectuelle commune, la philosophie, fit le reste.
Nos échanges furent fructueux et enrichissants. Ton libre arbitre, ton désintéressement et la force de tes convictions m’épataient autant qu’ils m’inquiétaient. Témoin désabusé des drames qui ont secoué notre pays, tu en avais éprouvé de l’amertume et le ressentiment, car, peut-être que cette défaite de la raison qu’atteste la chronique de notre temps, jamais tu l’as notée avec orgueil, mais avec un sentiment de honte, de chagrin et de révolte, parce que tu t’imaginais qu’une génération, la tienne, voire la mienne, était tombée d’une telle puissance intellectuelle à une telle décadence morale.
Produit intellectuel du "cru", titulaire d’une maîtrise de philosophie obtenue à l’Université Marien Ngouabi, tu avais rédigé ton mémoire sur l’un des philosophes les plus controversés de son époque, Friedrich Nietzsche, qui disait: "Tout ce qui ne tue pas nous rend plus fort".
Est-ce parce que tu voulais absolument ressembler à ce mégalomane moraliste, aussi excessif dans l’amour que dans le rejet?
Comme lui, tu as aimé la musique, les grands classiques, la flûte enchantée de Mozart, la 9ème symphonie de Beethoven et le canon de Pachelbel que nous écoutions, tous les deux, avec beaucoup de gravité et de sérénité... parce que, pour toi, la musique était un refuge et comme dira Nietzsche : "La reproduction immédiate de la volonté exprime ce qu’il y a de métaphysique dans le monde physique, la chose en soi de chaque phénomène".
En un mot, tu as aimé et adoré l’art. Tu aurais pu faire la rue d’Ulm, la très célèbre école normale supérieure de Paris et en sortir agrégé, tu choisiras le journalisme, comme Jean Paul SARTRE et son petit camarade Raymond AARON, en t’investissant, pleinement, dans l’histoire se faisant.
Dans le journal que tu dirigeais, tes éditoriaux, parfois au vitriol, faisaient la fierté d’une partie non négligeable de l’intelligentsia Congolaise autant qu’ils gênaient et agaçaient bien d’autres.
Dans ce métier que tu avais choisi, on se fait autant d’amis que d’ennemis. Je te conseillais, par expérience, toujours la modération et la circonspection. Tes éditoriaux étaient d’un niveau comparable à ceux de deux quotidiens français connus comme Le Monde et Le Figaro.
Ayant été, moi-même, quand j’accédais à la conscience historique et philosophique trotskyste, je te considérais, un peu, comme mon clone. Mais, tu semblais plus attiré par l’anarchisme, tendance Bakounine, je respectais tes choix.
Tu laisses une mère, une épouse et surtout une très jeune fille de moins de 10 ans à qui ton affection et ta présence vont terriblement manquer. Toutes celles et tous ceux qui t’ont aimé doivent veiller, l’aimer et l’accompagner dans son long cheminement.
Pour ma part, je m’engage à apporter ma modeste contribution. L’existence n’est pas une affaire de longévité ni de brièveté, elle est affaire du meilleur usage possible qu’on puisse faire de la vie, surtout de l’œuvre que l’on laisse à la postérité.
Souviens-toi des grands écrivains, des grands musiciens très tôt disparus, mais dont l’œuvre est immortelle. Tu ne savais pas beaucoup de choses, mais tu savais l’essentiel, tu t’inscrivais dans la logique d’un grand philosophe du VIle siècle avant notre ère, Archiloque De Paros, qui écrivait, je cite: "Le Renard sait beaucoup de choses: le Hérisson en sait une seule, mais capitale".
A cet égard, tu fus un hérisson, car la plus profonde de tes convictions fût que le destin de chaque être humain, comme celui de l’humanité, dépend de l’exactitude ou de la fausseté de l’information dont il dispose et de la manière dont il utilise son activité. En la matière, tu auras été plus qu’un modèle et tu seras une référence pour les générations qui nous suivront.
Je chante, pour toi, les complaintes de Don Pablo Neruda l’un des plus beau poèmes de Louis Aragon, puisque la musique, seule, peut parler de la mort "ta résidence est la terre et le ciel en même temps. Silencieux, solitaire et dans la foule chantant". Bravo, mon jeune ami et à bientôt.
Ghislin Simplice ONGOUYA s’est éteint le 28 novembre 2007, au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Brazzaville ; à 40 ans, dirait-on, il n’avait pas fini sa mission d’homme de presse et de patriote engagé.
Ayant choisi un style incisif, Ghislin Simplice ONGOUYA prônait l’objectivité et l’impartialité pour mener son combat sur les fronts de la mauvaise gouvernance, l’autocratie, l’impunité, la gabegie et la barbarie. Ghislin Simplice ONGOUYA était déterminé à réveiller les consciences dormantes des Congolaises et des Congolais
La philosophie fut son "arme" de prédilection pour atteindre les citoyens de bonne et de mauvaise foi. Pour le faire, il avait opéré un choix : le média froid. De la "Rue Meurt à l’Observateur", sa plume a bercé, réjouit, réconforté, orienté, redressé, dérangé, agacé et… énervé les Congolaises et les Congolais.
Ghislin Simplice ONGOUYA a été victime, pendant douze ans, d’attaques physiques, d’attaques verbales et de coups de téléphone scabreux, doux et anonymes. Malgré tout, en le lisant, comme si de rien n’était, il durcissait le ton. La mort rodait autour de l’homme chaque jour. Il savait qu’elle était proche, très proche de là. "La route de l’enquête et de l’investigation, c’est la route de la mort", lui soufflait-on. "Tant pis, mon combat c’est de dénoncer et de critiquer jusqu’au dernier retranchement", aimait-il à répéter.
Ses éditoriaux, analyses et commentaires "musclés" étaient, et pourtant, une sorte de main tendue aux politiques et démocrates de ce beau Congo, obligés et sommés de changer leurs habitudes et à opter pour un comportement digne socialement, professionnellement et idéologiquement.
Sa contribution à la construction de la maison Congo et au développement national passait par le stylo à bille. Il fallait le comprendre. Voué à aider certains politiciens en mal de canaux et d’espaces d’expression, Ghislin Simplice ONGOUYA, corps et âme, se donnait jusqu’à toucher la fibre la plus sensible des concernés coupable "prisonniers" des écrits de maître corbeau. Certains se sont servis copieusement et, d’autres, positionnés en bonne place sur la carte géophysique de la politique Congolaise.
A sa disparition physique et, surtout, lors de son inhumation, certains politicards se sont effacés refusant de lui rendre un dernier hommage. Carte blanche à l’ancien ambassadeur du Congo au Benelux et à l’Union Européenne, chargé de cours à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), Paul Alexandre MAPINGOU, pour avoir fait parler son cœur . Un bel article, sous forme de lettre d’amour, adressé à Ghislin Simplice ONGOUYA, lui rappelant de beaux moments de leurs rencontres. Ils étaient "grand frère et petit frère". D’ailleurs, son titre est explicite : "Hommage à un jeune ami très tôt disparu… ".